Continuité pédagogique: l’Education nationale n’était pas prête

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28 juin 2020

Continuité pédagogique: l’Education nationale n’était pas prête

La prise en charge des élèves par l’Education nationale pendant le confinement a donné lieu à des appréciations inégales.

Un bilan a été dressé par la Commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale qui a travaillé par auditions, méthode qui conduit souvent à une vision balancée pour tenir compte de tous les témoignages, positifs et négatifs, sans permettre d’élaborer une évaluation scientifique : du moins le compte rendu reproduit-il le ressenti des uns et des autres.

La Commission rappelle que le CNED a ouvert pendant le confinement une plate-forme spécifique « Ma classe à la maison » qui proposait des séquences hebdomadaires ou quotidiennes pour tous les niveaux et filières, avec un dispositif permettant l’organisation de « classes virtuelles ». Le groupe La Poste a mis au point un dispositif complémentaire permettant aux élèves sans connexion Internet de recevoir des devoirs à faire et de les rendre, la Poste se chargeant de l’impression des envois ou, à l’inverse, du scan des copies. Les enseignants ont également utilisé les « Environnements numériques de travail » offerts dans la plupart des établissements, du moins pour le secondaire, de niveau et de fiabilité divers.

Le dispositif a fonctionné : la plate-forme CND s’est révélée robuste. 230 000 classes virtuelles se sont tenues quotidiennement. Cependant, la Commission reconnaît que la continuité pédagogique n’a pu être assurée : une part des élèves n’a pas été réceptive à ces méthodes, une autre a carrément décroché, sans que les estimations quantitatives fassent consensus. La Commission souligne (c’est une évidence) la difficulté de se passer du présentiel et des interactions dans l’enseignement scolaire. Mais elle impute aussi certains échecs  à l’absence de formation des enseignants à l’enseignement à distance. L’absence de connexion ou d’équipement fiable des élèves a également joué. On en retient donc que le dispositif a fonctionné mais pas tout le temps et pas partout. Il est clair que la période a creusé les inégalités scolaires et sociales. Quant à la qualité des enseignements dispensés, elle n’a pas été évaluée.

Une étude d’un universitaire (Pascal Plantard), spécialiste des usages numériques qui suit depuis 3 ans une cohorte de 1800 collégiens et de 1000 enseignants est plus précise. Reprenant la formule du ministre le 16 mars (« Tout est prêt »), il indique que non, l’Education nationale n’était pas prête. Selon son étude, un quart des enseignants était « acculturé » aux outils numériques et a su créer une dynamique de classe, parce qu’ils avaient réfléchi aux spécificités d’un enseignement à distance. Une moitié a tâtonné, agi mais souvent commis des maladresses, mettant au départ énormément de documents en ligne puis rationalisant leur approche et l’améliorant. Un quart n’avait aucune expérience, a limité ses tentatives et parfois  renoncé, sans que personne ne réagisse. La principale maladresse a été de reproduire en ligne les pratiques pédagogiques habituelles. La conclusion est ici que la casse a été limitée au mieux, parfois au prix d’un effort difficile et du recours à l’entraide, mais que l’Education nationale n’était absolument pas prête.

Pascal Plantard en souligne les conséquences : des élèves (surtout au collège) déçus, démotivés, qui entendent dire que « tout s’est bien passé » mais ont vécu le contraire ; une focalisation sur les problèmes d’équipement, notamment pour les élèves défavorisés, alors que la question est plus ample et plus complexe à résoudre. Il faudrait bien sûr tirer les enseignements de cet épisode et ne plus laisser ni les enseignants ni les élèves livrés à eux-mêmes.  Pour maintenir l’attention des élèves, l’enseignement à distance doit être repensé, avec sans doute en appui une mobilisation collective de l’établissement, pour qu’aucun enseignant ne se sente désemparé.