Assises de la santé mentale et de la psychiatrie : c’est un début

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11 octobre 2021

Assises de la santé mentale et de la psychiatrie : c’est un début

Les assises de la santé mentale et de la psychiatrie se sont tenues fin septembre 2021. Depuis plusieurs années, les professionnels ont alerté maintes fois sur le manque de moyens, les difficultés de l’accueil aux urgences et les carences du système de prévention, notamment dans le domaine de la pédopsychiatrie, avec des délais de rendez-vous insupportables, entre un et deux ans, dans les CMP. On ne compte plus les rapports alarmistes listant les priorités à financer.

L’année 2018 avait été marquée par la publication de la « Feuille de route santé mentale et psychiatrie », plan d’action 2018-2022 du gouvernement.  Trois axes ont alors été définis : promouvoir le bien-être mental, prévenir et repérer précocement la souffrance psychique et prévenir le suicide ; garantir des parcours de soins coordonnés et soutenus par une offre en psychiatrie, accessible, diversifiée et de qualité ; améliorer les conditions de vie et d’inclusion sociale et la citoyenneté des personnes en situation de handicap psychique. Comme beaucoup d’actions impulsées par la ministre de l’époque, Agnès Buzyn, le document restait très général et ne comportait à l’origine ni directives concrètes, ni budget, ni calendrier. La ministre avait toutefois nommé un délégué ministériel pour suivre l’application de cette « feuille de route » : le bilan que celui-ci a présenté en janvier dernier était très mince, dans un contexte, il est vrai, où la crise sanitaire a retardé les mesures. La formation des étudiants aux premiers secours en santé mentale a été engagée dans 9 universités, un dispositif de prévention du suicide a été prévu pour 2022. Mesure plus stratégique, les agences régionales de santé ont reçu un financement pour créer un poste de coordonnateur de PTSM (plan territorial de santé mentale), organisation des parcours de soins et décloisonnement des prises en charge. Sinon, il y a eu des tables rondes et des réflexions…On en était vraiment aux balbutiements.

Il est vrai que l’année 2018 a vu aussi la mise en place d’une expérimentation du remboursement des psychothérapies par l’assurance maladie (à un tarif bas toutefois) dans quatre départements, sur prescription médicale, ce qui pourrait représenter une solution aux besoins de soins de ville de la population.

Dans ces conditions, l’on comprend que les mesures annoncées par le Président de la République à la fin des assises de septembre 2021 aient paru satisfaisantes, parce qu’elles ont un caractère concret et ne consistent pas en des mesures de formation ou la création de postes de coordination :  remboursement de 20 séances maximum de psychothérapie prescrites par un médecin (le coût, toujours bas, 30 euros la séance, sera partagé avec les complémentaires santé, comme cela a été le cas pour le 100 % santé dentaire), création de 800 postes dans les CMP, généralisation des « maisons des adolescents » (une par département) pour aider les adolescents inquiets ou en souffrance. Un financement supplémentaire bénéficiera également aux établissements de santé.

Il faudra toutefois suivre le dossier de près : le secteur ne se redressera pas avec les seuls financements promis et les CMP ont besoin de davantage de moyens encore. Certains déplorent que les actions de réinsertion (aide au retour à l’emploi, accompagnement au domicile) menées par le secteur social et médico-social ne soient pas davantage prises en compte.  D’autres soulignent les vacances de postes et la difficulté, surtout dans le secteur public, de recruter des psychiatres. Reste donc à espérer une action de long terme qui remette à flot un secteur en perdition mais surtout une discipline médicale qui a une place particulière, qui ne se veut pas seulement technique mais inclusive, permettant aux personnes malades d’espérer un avenir dans la société ordinaire.