Une note du Conseil d’analyse économique de mai 2025 (rédacteurs : J. Grenet et C. Landais) propose de s’interroger sur l’efficacité de la dépense éducative et sur les moyens de l’améliorer. Elle part d’un constat à la fois neuf et banal, de ce fait convaincant : la France dépense beaucoup pour le système éducatif et, pourtant, les résultats ne sont pas bons.
De fait, la dépense intérieure d’éducation (tous niveaux confondus et tous financeurs compris) atteint en 2022 180 Mds (référence : note 23.43 de la DEPP, Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance, octobre 2023) et, si l’on s’en tient au premier et au second degrés hors dépenses périscolaires, presque 120 Mds, soit 4,5 % du PIB, pour 12 millions d’élèves et 1,2 million d’enseignants. Un élève du 1er degré coûte 7910 euros par an, un collégien 9520, un lycéen 11 940 et un lycéen en lycée professionnel 13 760. Or, malgré l’ampleur de ces chiffres, les résultats obtenus sont préoccupants : les enquêtes internationales montrent des résultats médiocres et en baisse en mathématiques (en dessous de la moyenne de l’OCDE), en compréhension de l’écrit (en dessous de la moyenne européenne, surtout pour les textes informatifs, surtout quand il s’agit d’interpréter et d’apprécier) et en culture scientifique. Surtout, le système éducatif ne parvient pas à corriger les inégalités sociales et les écarts entre élèves s’expliquent, plus que dans les autres pays, par les inégalités de départ. Bref, le « rendement » de la dépense éducative est faible.
La note souligne que l’évolution démographique à venir, avec une baisse des élèves qui se poursuivra jusque dans la décennie 2030, représente une fenêtre d’opportunité pour repenser l’utilisation des moyens consacrés à l’éducation.
Le CAE emprunte à des économistes américains un outil spécifique, « l’indice d’efficacité de la dépense publique » facile à comprendre sur le papier (c’est le ratio entre le gain d’une politique publique pour ses bénéficiaires et le coût qu’elle représente), bien plus difficile à calculer. Pour y parvenir, il faut valoriser certains résultats (obtention d’un diplôme, acquis scolaires) en mesurant par exemple leur effet sur les salaires obtenus lors de l’insertion professionnelle, sachant, difficulté supplémentaire, que ces résultats sont obtenus longtemps après la dépense…elle-même pas si aisée que cela à calculer quand il s’agit de mesurer le coût d’une politique éducative spécifique. Le CAE donne un exemple de ces calculs : une amélioration donnée des performances scolaires en début de 6e permettait d’obtenir une augmentation de 9,5 % du salaire obtenu en début de carrière…
En tout état de cause, le CAE s’appuie sur des évaluations réalisées sur certaines politiques éducatives qui conduisent à en préférer certaines.
Parmi les bonnes mesures, le CAE évoque la réduction de la taille des classes, plus chargées en France que dans les autres pays de l’UE, surtout en primaire, malgré le dédoublement du CP et du CE1. L’écart reste fort au collège (25,6 élèves en moyenne contre 20, 7 dans les autres pays). Selon les études recensées, la réduction du nombre d’élèves bénéficierait notamment aux élèves défavorisés. Toutefois, les effets sont peu documentés au collège et y semblent plus incertains, ce qui conduit le CAE à insister surtout sur une telle mesure pour le primaire. Par ailleurs, le CAE ne mentionne pas que les résultats obtenus sur le moyen terme sur les acquis des élèves à la suite du dédoublement en France des petites classes ont été peu concluants : certains experts en ont alors conclu que, pour être pleinement efficace, cette réduction du nombre d’élèves devait s’accompagner de méthodes pédagogiques différentes.
Sans surprise, le CAE, très favorable aux internats d’excellence, classe le redoublement parmi les pratiques coûteuses et peu efficaces. Il rappelle que les évaluations existantes ne plaident pas en faveur des groupes de niveaux permanents qui tendent même à creuser les inégalités, seuls les groupes de niveaux transitoires et flexibles donnant des résultats encourageants. Des pratiques pédagogiques comme le tutorat destiné aux élèves en difficulté (enseignement complémentaire individuel ou en tout petits groupes), l’investissement dans l’acquisition de compétences socio-comportementales (sentiment d’efficacité, persévérance, estime de soi, qui influencent la réussite professionnelle) et l’utilisation du numérique dans certains apprentissages (sachant que l’achat de matériel ne suffit pas, l’outil doit être intégré dans les pratiques pédagogiques, certains logiciels d’apprentissage adaptatif en mathématiques semblant très prometteurs) sont, de même, à privilégier.
Enfin, la formation des enseignants est une dimension essentielle de l’amélioration de l’efficacité de la dépense.
On ne sait trop comment expliquer le fait (indéniable) que certains enseignants font bien mieux réussir les élèves que d’autres, sachant en outre que leur présence a des effets durables sur les trajectoires individuelles de réussite de leurs élèves : les caractéristiques de ces enseignants de qualité (en termes d’ancienneté, de diplômes, de statut) ne parviennent pas à établir un portrait type, ce qui signifie sans doute qu’ils réussissent mieux grâce à des qualités humaines, implication, plaisir à enseigner, capacité d’encouragement, difficilement mesurables et difficilement reproductibles.
Tabler sur la qualité de la formation continue est en revanche un investissement sûr. Les formats actuels, trop ponctuels, portant sur des formations trop générales insuffisamment ciblées, sont peu efficaces. La formation doit être intensive, s’intégrer à la réalité du métier, (ancrée dans la pratique), poursuivie grâce à un accompagnement individuel pour que l’effet en soit durable. Les enseignants doivent de plus être mieux évalués et de manière plus personnalisée (inspections pédagogiques beaucoup plus fréquentes, en lien avec des propositions de formation continue).
Enfin, un des facteurs de réussite est l’association des parents : des programmes ont déjà été expérimentés sur certains territoires (trois réunions sur deux mois, des ateliers d’aide au suivi des enfants) qui ont montré leur efficacité.
Le coût par élève n’est donc pas un indicateur fiable de la qualité et de l’efficacité de l’éducation. Certaines dépenses sont inutiles. Des dispositifs efficaces peuvent certes être coûteux (formation continue des enseignants) mais d’autres le sont moins (appel au numérique, tutorat) ou peu (implication des parents). L’évaluation des pratiques éducatives, de leur coût et de leur efficacité, reste toutefois à parfaire : il faut avoir recours à des expérimentations, mieux identifier aussi les coûts. La démarche en vaut la peine…