

On ne compte plus, en 2025, les émissions, articles et conférences consacrés à la nocivité de la concentration progressive des médias pour la qualité de l’information : de fait, 7 à 8 milliardaires, qui ont construit leur fortune sur d’autres activités, se partagent les organes de la presse écrite, radio ou audiovisuelle. Quoi qu’ils en disent, tous interviennent sur les choix éditoriaux, du moins quand ils ne rencontrent pas d’obstacle juridique, comme certains médias, Le Monde ou Libération, ont su en créer : ce n’est pas en effet par dévouement envers la démocratie que ces industriels engagent des investissements à perte dans ce secteur, mais pour exercer une influence sur la société et les responsables politiques. Pour prendre un exemple (mais on pourrait évoquer des faits similaires pour Rodolphe Saadé, qui affirme pourtant ne pas intervenir sur les titres qu’il possède), l’interventionnisme de Bernard Arnauld, qui possède Les Échos, Le Parisien et Paris Match et qui vient de racheter Challenges, est certain : un directeur de la rédaction licencié ici pour avoir accepté un article critiquant un ami du patron, un refus là de reconnaître le droit d’une rédaction à choisir son directeur, un article supprimé ailleurs parce qu’il interfère avec les intérêts du groupe. Peut-on alors accepter que 90 % de la presse quotidienne, 55 % des chaines télévisées et 40 % des radios[1] soient détenus par de richissimes entrepreneurs dont le pouvoir n’est pas efficacement limité ? Et que cette concentration se renforce, comme le montre l’actualité des trois dernières années ?
Pour autant, même si l’on peut s’inquiéter de la proximité avec Trump affichée par les propriétaires de grands médias français (Bernard Arnauld et « le vent d’optimisme » qui se lèverait sur l’Amérique en 2025, Rodolphe Saadé qui affiche ses investissements aux États-Unis dans le bureau ovale), il existe une différence entre le « système Bolloré », qui, lorsqu’il a racheté certains titres, les a mis méthodiquement au service d’une idéologie politique, et les pratiques des autres grands entrepreneurs industriels. C’est surtout ce système qui est inquiétant.
Cela dit, sur la qualité des médias, la concentration n’est pas seule en cause : la faiblesse des obligations qui pèsent sur la presse écrite, l’incapacité des organismes de contrôle à limiter les abus des chaines audiovisuelles privées, l’arrivée de l’intelligence artificielle et le déplacement des sources d’information du public vers des réseaux qui désinforment massivement jouent aussi leur rôle. En outre, tout n’est pas noir et quelques médias de qualité se sont créés, y compris sur Internet (Mediapart, Brut, Blast, Reporterre…) Mais on peut se demander pourquoi, face à une situation qui menace ou piétine les valeurs de la libre expression, le pouvoir politique ne réagit pas et laisse faire.
Médias Bolloré : fake-news sans doute parfois, pilonnage de thèmes obsessionnels surtout
Vincent Bolloré détient des participations dans une cinquantaine de médias et les contrôle dans nombre de cas, chaînes de télévision, stations de radio, magazines, sites divers, avec, de plus, une maison d’édition (Fayard) et un institut de sondage (CSA). La plupart sont simplement des sources de financement. Seule une partie (CNews, le JDD, Europe 1) participe pleinement à son combat idéologique.
Les méthodes utilisées sont simples : rachat, remplacement des équipes antérieures, mise sous surveillance des journalistes, promotion de chroniqueurs amis ; pour l’audiovisuel, peu de reportages, beaucoup de commentaires sur des fait-divers, des sondages ou des ouvrages de la maison, beaucoup de tables rondes réunissant des personnes qui paraissent parfois se chamailler (il faut bien donner des gages, même un peu fallacieux, au pluralisme interne imposé aux chaînes audiovisuelles par la loi) sous l’égide d’un animateur qui impose au final son avis, le plus primaire possible : ce ne sont pas les faits qui comptent, c’est la colère ; on s’exclame sur un nouveau scandale qui atteindrait la gauche ou les médias mainstream ; on se moque de la ridicule bien-pensance des bobos ; on prétend surtout révéler, enfin, des vérités jusqu’alors cachées. L’information s’uniformise : les mêmes sujets sont repris tour à tour par les différents médias du groupe, audiovisuel, presse écrite et radios. Le projet politique n’est jamais reconnu. La chaine CNews s’offusque d’être qualifiée d’extrême-droite et un de ses dirigeants en parle comme du « miroir de la société » : elle ne ferait que traduire les opinions du peuple qui s’y reconnaîtrait. De fait, il est indéniable qu’une part de l’opinion s’y retrouve, part minoritaire aujourd’hui mais qui espère devenir dominante en gagnant la guerre de l’information autant que les élections.
Quant aux thèmes, l’immigration domine : on parle immigration tous les jours, une immigration bien évidemment criminelle, inassimilable, avide d’aides sociales, dont le but est d’imposer ses mœurs et surtout sa religion à une France dont l’identité blanche et chrétienne est attaquée et qui risque d’en mourir. « Muslims, muslims, muslims », recommandait à ses équipes un dirigeant de CNews lors des récentes législatives. Le message est celui-là même de la Stratégie de sécurité nationale publiée récemment par le gouvernement fédéral des États-Unis, un risque d’effacement civilisationnel de l’Europe du fait de l’immigration. « L’Europe est morte, Trump le dit et je n’exclus pas qu’il ait raison » entend-on sur CNews.
L’habitude est aussi de critiquer, on l’a vu, les autres médias, surtout l’audiovisuel public, qui utiliserait l’argent du peuple pour promouvoir des choix politiques de gauche ; les « magouilles et tambouilles » des politiques, hors bien sûr ceux d’extrême droite ; une justice laxiste pour les criminels mais aux ordres de partis gauchistes, qui entend empêcher l’arrivée au pouvoir de responsables enfin honnêtes ; souvent, une fascination pour Trump et des positions qui, sans s’avouer ouvertement pro-russes, instillent le doute : il faudrait bien enquêter sur la corruption personnelle de Zélensky ; la France donne à l’Ukraine un argent fou sans demander au peuple son avis alors que « La Russie est une menace infiniment moindre que l’islam radical». Récemment, la présence de Philippe de Villiers a ajouté, outre la promotion d’une pétition exigeant un référendum sur l’immigration pour sauver la France, la prévision d’une défaite militaire et politique de l’Europe après celle, inéluctable, de l’Ukraine : il faut alors sortir de l’OTAN car « L’Ukraine n’est pas notre guerre et la Russie n’est pas notre ennemi. La menace existentielle vient du sud ». Un jour ou l’autre, après le constat sombre du déclin déjà engagé, il faudra bien trouver le sauveur qui protégera le pays et C-News aura surement un nom à proposer.
Il ne s’agit pas là, contrairement à ce que Delphine Ernotte indiquait lors de son audition devant la Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, d’une presse d’opinion, ce qui pourrait avoir sa noblesse tout en étant, rappelons-le, interdit dans l’audiovisuel français dont les règles exigent un pluralisme interne. Il s’agit d’une presse dénigrante, obsessionnelle, haineuse, qui ment parfois mais qui surtout déforme tout pour présenter à l’opinion un tableau cauchemardesque du pays où seul le recours à des solutions extrêmes permettraient au pays de se retrouver : immigration zéro, retour des immigrants chez eux, sortie de l’Union européenne, mise au pas des juges rouges, suppression de l’audiovisuel public, rupture avec toutes les instances qui imposent un état de droit ridicule contre la volonté du peuple.
Les pouvoirs publics ne réagissent pas, voire même contribuent à crédibiliser la presse qui désinforme
Force est d’abord de constater la faiblesse ou l’inadaptation des textes qui protègent la presse ou fixent des normes de qualité.
S’agissant des limitations à apporter aux concentrations, passons sur les documents officiels qui, au terme d’interminables constats, ne proposent rien, telle la commission d’enquête sénatoriale de 2022 sur la concentration des médias, qui veut simplement « revoir la législation », ou le rapport de 2024 du Conseil économique, social et environnemental Agir pour une information fiable, indépendante et pluraliste, qui propose de « réécrire la loi » sans dire comment.
En 2022, l’Inspection générale des finances (La concentration des médias à l’ère numérique, de la réglementation à la régulation) est plus courageuse : elle juge complexes, inadaptées et obsolètes les règles qui régissent la concentration (lois du 1er août 1986 pour la presse écrite et du 30 septembre 1986 pour le multimédia). Ces textes ignorent le numérique, ne prennent en compte que la presse écrite quotidienne, ne permettent aucun « réglage fin » permettant à l’autorité compétence d’agir avec souplesse et, surtout, ils n’ont pas freiné le développement de la concentration. L’IGF recommande de confier à l’ARCOM mission d’apprécier au cas par cas, pour les seuls médias « d’information » (mais pour tous, quel que soit le support), les conséquences sur le pluralisme d’un projet de concentration. L’ARCOM se fonderait sur une grille d’analyse comportant des indicateurs quantitatifs (audience…) et qualitatifs (diversité, indépendance…). Si la méthode est transparente et si la décision est placée sous le contrôle du juge, une telle évaluation, qui se conjuguerait avec celle de l’Autorité de la concurrence (un avis négatif d’une des deux institutions vaudrait rejet) serait plus adaptée que le droit actuel, formel et inefficace. La difficulté est de transformer l’ARCOM en instance d’évaluation alors qu’elle privilégie pour l’instant les décomptes et rechigne devant les outils d’appréciation qualitatifs.
En 2025, une proposition de loi du groupe Écologiste et social de l’Assemblée nationale propose un dispositif différent : pour autoriser une opération de concentration, un seuil d’influence maximum serait défini, largement fixé en fonction des audiences des médias concernés (tous les types de médias seraient pris en compte), modulé toutefois par des critères qualitatifs selon le type de médias inspirés du dispositif allemand. L’ARCOM appliquerait la méthode, analyserait les engagements du candidat (honnêteté, indépendance, respect du pluralisme) mais c’est l’Autorité de la concurrence qui se prononcerait.
Face à ces propositions, complexes, discutables mais essentielles, les pouvoirs publics ne réagissent pas : surtout, ne braquer personne et ne pas se mettre à dos des personnalités qui peuvent agir sur l’opinion.
Ils ne tentent pas non plus de renforcer les droits des sociétés de rédaction : aujourd’hui, certains journalistes participent à la propriété de leur journal ou sont protégés par un accord passé avec leur propriétaire qui leur garantit le maintien d’une ligne éditoriale et les associe au choix du directeur de rédaction ; d’autres en revanche n’ont, en cas de rachat et de changement de ligne, que le droit de partir en invoquant la clause de conscience, qui leur donne au moins droit au chômage. Le cas du journal Challenges fait craindre aujourd’hui qu’un nouveau propriétaire ne remette en cause l’accord passé avec l’ancien sur une Charte de fonctionnement.
Des propositions de loi entendent généraliser le droit de regard des rédactions sur la nomination du directeur, ce qui paraît rétablir un meilleur équilibre entre le droit de propriété et la défense de « l’identité » d’un journal. Là non plus, les responsables publics ne se saisissent pas de la question. Il n’est pas certain, il est vrai, que cette disposition soit acceptée par le Conseil constitutionnel : certes, l’article 34 de la Constitution indique que « la loi définit les règles concernant […] la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias ». Toutefois, le Conseil constitutionnel a l’habitude de confronter entre eux les impératifs constitutionnels et de décider celui qui, dans le cas d’espèce, prévaut : l’indépendance des médias peut ne pas l’emporter sur les droits de l’entreprenariat économique et de la propriété, constitutionnellement garantis eux aussi. Par ailleurs, la nomination d’un directeur de rédaction ne fait pas tout : l’indépendance doit pouvoir être protégée à tout moment. La participation des journalistes aux choix stratégiques et l’obligation de se référer à une Charte déontologique nationalement reconnue seraient alors des atouts. Elle permettrait par exemple de poser la question de la place de l’IA dans la rédaction des journaux et de la manière de maîtriser le risque existentiel de la répétition d’erreurs, faute de relecture attentive des articles qui lui sont confiés. Mais qui envisage une telle réforme ?
La question des principes auxquels les médias doivent obéir n’est pas non plus d’actualité. Pourtant, sauf pour les agences de presse, le droit de la presse écrite est quasiment muet sur les règles déontologiques et professionnelles à respecter. La loi évoque certes des chartes déontologiques d’entreprise non obligatoires pour offrir une (fragile) protection aux journalistes, sans pour autant leur donner force normative : Tout journaliste a le droit de refuser toute pression, de refuser de divulguer ses sources et de refuser de signer un article, une émission, une partie d’émission ou une contribution dont la forme ou le contenu auraient été modifiés à son insu ou contre sa volonté. Il ne peut être contraint à accepter un acte contraire à sa conviction professionnelle formée dans le respect de la charte déontologique de son entreprise ou de sa société éditrice (article 2 bis de la loi du 29 janvier 1881 sur la liberté de la presse). Toutefois, si le journaliste peut refuser les pressions (s’il est licencié, il peut invoquer cette disposition) mais jamais les principes à suivre (honnêteté, respect des faits…) ne sont mentionnés comme des obligations.
Ces références existent en revanche pour la presse audiovisuelle. L’ARCOM, organisme de contrôle, doit garantir l’honnêteté, l’indépendance et le pluralisme de l’information et des programmes. Elle doit veiller à ce que la diversité de la société française soit représentée dans les programmes des services de communication audiovisuelle et que cette représentation soit exempte de préjugés. Elle doit s’assurer que les intérêts économiques des actionnaires des éditeurs de services de communication audiovisuelle et de leurs annonceurs ne portent aucune atteinte à ces principes. Ces principes se retrouvent dans les contrats passés entre l’ARCOM et les chaînes. Il faudrait bien évidemment unifier le droit des médias et imposer à tous, y compris la presse écrite, leur respect.
Amère vérité toutefois : l’ARCOM échoue à les faire respecter (ou n’essaie guère) dans la sphère audiovisuelle. S’agissant des chaînes Bolloré, c’est une décision du Conseil d’État qui a contraint l’ARCOM, en février 2024, à ne pas se contenter de contrôles formels des temps de parole des invités politiques et à tenir compte de l’expression de tous les intervenants, même dans des émissions non spécifiquement politiques : la méthode a conduit au retrait de l’autorisation accordée à C8. Depuis lors, l’ARCOM dit avoir élargi ses critères d’appréciation. Toutefois, si elle prononce, à l’égard de CNews, des sanctions financières ponctuelles en cas de dérapage manifeste, elle refuse de considérer que la chaine manque à ses obligations de pluralisme, alors que les données collectées par d’autres organismes (RSF notamment) le démontrent sans hésitation. Conception minimaliste d’un rôle il est vrai écrasant et difficile ? Méthode de mesure inadaptées ? Refus au fond d’une évaluation globale telle que l’a définie le Conseil d’État ? Prudence politique ? L’organisme de contrôle semble refuser l’obstacle…Il serait donc nécessaire que les missions de l’ARCOM soient explicitées plus nettement et que le processus de sanctions soit renforcé : tel est bien l’objet d’une proposition de loi déposée en octobre 2024 par un groupe du Sénat, qui propose en particulier un dispositif de sanctions plus efficace face à des débordements non pas ponctuels mais systématiques.
Une autre proposition, sans doute moins conflictuelle, pourrait être la labellisation récemment proposée par Emmanuel Macron, plutôt, il est vrai, pour lutter contre les fake-news sur les réseaux sociaux. L’idée, mal accueillie, n’est pas si mauvaise et pourrait être transposée aux médias en général, dès lors bien sûr que le label ne serait ni défini ni attribué par les responsables politiques. Le dispositif existe, avec le label Journalism Trust initiative de RSF, dont la force repose sur la méthode : il n’évalue pas la qualité des contenus, ce qui ouvrirait d’interminables débats, mais demande le respect de processus : définition commune d’une ligne éditoriale et des principes à respecter, mécanismes de correction mis en œuvre, contrôles effectués, transparence, garanties professionnelles données aux journalistes…
Face à ces propositions, les responsables politiques actuels sont atones, certains par peur d’attaquer des populistes prompts à renverser toutes les accusations vers l’accusateur ; d’autres ne sont pas hostiles aux orientations idéologiques du système Bolloré : cela explique que les partis de droite accueillent sans malveillance les attaques menées contre l’audiovisuel public, regrettent son coût, réduisent ses moyens et envisagent une réorganisation qui attenterait à son indépendance. La droite n’est pas hostile à la tenue de la commission d’enquête déshonorante en cours sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. L’on y donne une grande place aux échanges tenus lors d’un enregistrement illégal de journalistes du service public : CNews s’en est fait l’écho des centaines de fois en multipliant les sous-entendus offusqués… tandis que le Vice-président de la Commission d’enquête, membre d’un parti d’extrême-droite, se répand en calomnies sur les réseaux. Tout cela au moment où le nouveau règlement européen European Medias Freedom Act, pourtant bien peu ambitieux, impose que l’audiovisuel public reçoive des financements suffisants et voie son indépendance garantie par rapport aux autorités étatiques.
Sur fond de relative désaffection de la population…
Il serait d’autant plus important de se donner les moyens de lutter contre la désinformation de certains médias que la population se tourne aujourd’hui davantage vers des sources d’information plus rapides, plus aisées, plus attractives mais peu fiables, celles des réseaux sociaux ou des informations diffusées en ligne, et que sa confiance faiblit envers les médias d’information ordinaire. Si l’on en croit l’étude de l’ARCOM de 2024, Les Français et l’information, 94 % des Français disent s’intéresser à l’information pour comprendre le monde , mais 61 % l’évitent fréquemment ; ils sont dans l’ensemble mal informés, rarement capables de répondre à quelques questions simples sur l’actualité ; les sources d’information dominantes sont la télévision et la radio mais un Français sur deux s’informe aussi sur les réseaux sociaux et les plates-formes vidéos, dont 47 % quotidiennement, alors même que l’étude corrèle cette fréquentation et l’adhésion aux thèses complotistes. Les Français savent pourtant (à 92 %) qu’ils trouvent dans les réseaux sociaux à la fois des informations exactes et d’autres fausses et que celles qui leur sont fournies dépendent de leur propre profil. Mais 42 % pensent qu’on peut s’intéresser à une information sans s’interroger sur son exactitude : l’étude traduit une sorte de détachement ou d’indifférence face à l’exigence de vérité. Par ailleurs, l’étude révèle que près de la moitié de la population doute de la fiabilité des informations lues dans les médias traditionnels et pensent que les journalistes qui les écrivent ne sont pas indépendants. Dans un autre baromètre de janvier 2025 (La Croix-Verian), la méfiance envers les journalistes monte à plus de 60 %. Plus de 80 % des personnes ont le sentiment que les opinions radicales sont de plus en plus présentes dans les médias et 77 % jugent que la liberté d’expression est menacée.
Si l’on veut lutter contre ces tendances et contre la désaffection à l’égard de l’information, il faut utiliser les quelques armes disponibles pour exiger des plates-formes ou des sites qu’ils traquent les fake-news et s’opposent à la désinformation. Mais il est tout aussi important que les textes précisent que les médias traditionnels (notamment la presse écrite) doivent être honnêtes. Mieux garantir leur indépendance, les protéger contre les abus, appeler un chat un chat face à des médias qui ne respectent ni les faits, ni le pluralisme et instillent toute la journée des idées vénéneuses, aideraient à rétablir la crédibilité de l’information. Certes, la définition de nouvelles règles et l’application des mesures coercitives ne suffiront pas : il faudrait en plus que la presse (et les responsables politiques) sache tenir des discours exacts sur les dossiers sensibles, l’immigration, la désindustrialisation, la pauvreté, la redistribution, le travail et le fonctionnement de la démocratie, toutes les questions qui préoccupent le pays. Mais les sanctions, quand elles sont méritées, ne sont pas inutiles.
Pergama, le 22 décembre 2025.
[1] Chiffres de l’ouvrage Sauver l’information de l’emprise des milliardaires, Olivier Legrain et Vincent Edin, Payot 2025