Allemagne : tout le pays vire à droite, voire à la droite extrême

Consommation prévisionnelle d’électricité: choisir une stratégie
22 décembre 2025
Dialogue social : relance ou détérioration ?
5 janvier 2026

Allemagne : tout le pays vire à droite, voire à la droite extrême

La revue en ligne Métropolitiques a publié le 25 novembre dernier une analyse cartographiée de l’évolution des votes aux législatives en Allemagne, en étudiant la seule répartition des « deuxièmes voix » dont disposent les électeurs dans les 299 arrondissements électoraux : on sait que la première voix permet de voter pour un candidat qui représentera l’arrondissement, tandis que la deuxième est destinée au parti qui a la préférence de l’électeur. L’étude des deuxièmes voix permet de mesurer l’évolution des choix partisans.

Aux élections législatives de 2025, l’AfD a obtenu 20,8 % des voix, occupant désormais la deuxième place devant les conservateurs de la CDU-CSU et devançant nettement les sociaux-démocrates et les verts. C’est aux Länder de l’est (ancienne RDA) qu’est, à juste titre, imputée la montée de ce parti extrémiste et xénophobe, voire raciste, dont certains éléments sont proches des néonazis : l’AfD, déjà bien implantée à l’est en 2021, est en 2025 arrivée en tête dans la quasi-totalité des arrondissements de l’ancienne RDA, à l’exception de quelques-uns d’entre eux (notamment Berlin et Leipzig) alors qu’elle n’est arrivée en tête que dans deux arrondissements de l’ouest.

Toutefois, Métropolitiques montre, cartes à l’appui, que c’est en réalité tout le pays qui a viré à droite en 2025.

En effet, aux élections de 2025, même si l’AFD n’a dominé que dans deux cas, elle a obtenu des scores supérieurs à 25 % dans plusieurs régions occidentales, forêt de Bavière et régions industrielles de la Rhénanie. Par rapport aux scores obtenus en 2021, l’AfD croît dans tous les arrondissements du pays, même dans les grandes villes comme Berlin et Munich. Mais sa croissance est bien plus forte à l’ouest qu’à l’est : entre les deux élections, les votes AfD sont passés à l’ouest de 3,1 à 7,2 millions et à l’est de 1,75 à 3,2 millions. La carte montre que les gains AfD concernent une très grande partie des arrondissements de l’ouest. En 2025, l’on pourrait même dire que l’AfD est plus implantée à l’ouest qu’à l’est : 7/10 de ses électeurs sont à l’ouest. Pour autant, les länder de l’ouest étant bien plus peuplés que ceux de l’est, l’impressionnante progression en électeurs de l’AfD à l’ouest n’est pas suffisante pour remporter les élections : les conservateurs ont la première place.

Métropolitiques procède enfin à une comparaison des résultats aux élections législatives entre 1998 et 2025, en comparant les arrondissements selon le parti dominant.

En 1998, c’est déjà l’ancienne frontière RDA/RFA qui domine : l’Est, sauf Berlin, est massivement à dominante PDS, parti issu des anciens communistes de RDA. L’Ouest est partagé entre une Bavière au sud où dominent les conservateurs, des bastions étendus du SPD plus au nord (notamment dans les régions ouvrières de Sarre, Ruhr, Basse-Saxe, Haute-Franconie), le reste du territoire relevant d’un « profil moyen » où dominait alors la coalition SPD /Verts.

En 2025, l’Est a massivement basculé du communisme à l’AfP, sauf Berlin. A l’Ouest, la zone à dominante conservatrice s’est étendue de la Bavière au sud du Bade-Wurtemberg. Les bastions du SPD ont disparu et rejoint le « profil moyen » des résultats électoraux, soit, en 2025, un profil désormais droitier. Restent des zones « progressistes », plus petites, dans les métropoles et villes universitaires.

Aux élections de 2021, où l’AfD avait connu une progression à l’est, on expliquait le vote d’extrême-droite par les caractéristiques de la population de l’ex-RDA, moins diplômée, aux revenus plus bas, plus masculine, et par une culture politique particulière née d’un certain sentiment d’exclusion. Aujourd’hui, la droitisation d’ensemble du pays (montée de l’AfD à l’ouest, extension des bastions conservateurs, affaiblissement du vote de gauche) s’explique sans doute davantage par la crainte de l’avenir et les incertitudes économiques, qui se conjuguent avec l’affaiblissement des partis de gauche. L’Allemagne toute entière vire à droite, voire, pour une part, à l’extrême-droite, comme, au demeurant, plusieurs pays d’Europe : l’explication par la singularité d’une population « exclue » ne tient plus, le vote traduisant une inquiétude plus large.