Encore et toujours la question de l’eau…

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Encore et toujours la question de l’eau…

A l’heure où des chercheurs associés à l’ONU alertent sur la faillite hydrique mondiale et démontrent que le monde vit au-delà des moyens hydriques dont il dispose, le Conseil d’analyse économique publie une note sur la situation en France, L’eau sous tension, concilier sobriété hydrique, équité et investissement (janvier 2026).

L’on distingue dans la politique de l’eau les dépenses consacrées au « petit cycle » de l’eau (le service de distribution fourni aux consommateurs) et le « grand cycle » de l’eau, qui s’intéresse à la circulation naturelle, des fleuves à la mer, de la mer à l’atmosphère, de la pluie aux nappes phréatiques : c’est alors la disponibilité de l’eau, sa préservation et de qualité qui sont en cause. Aujourd’hui, les dépenses de la politique de l’eau (23,6 Mds) portent à 92 % sur le petit cycle et à 8 % seulement sur le grand.

Dans le modèle économique actuellement en vigueur, les usagers payent l’eau au service public de l’eau et de l’assainissement (SPEA) des intercommunalités, la facture comportant une part fixe destinée à l’entretien des réseaux et à la gestion de de la clientèle et une part variable liée à la consommation. De 75 à 80 % du prix supporté par les consommateurs financent le prix du service, production et distribution de l’eau et entretien des réseaux et de 20 à 25 % correspondent à des redevances reversées aux agences de l’eau. Celles-ci interviennent au niveau des grands bassins pour gérer la ressource en eau, moderniser les réseaux, financer les actions de lutte contre la pollution et restaurer les milieux aquatiques : elles participent ainsi à l’amélioration du petit comme du grand cycle de l’eau.

Les inconvénients de ce modèle sont les suivants :

1° La partie fixe du prix du service est insuffisante pour supporter les investissements nécessaires, dont le financement dépend aujourd’hui des volumes vendus alors même que l’on souhaite encourager la sobriété, ce qui est incohérent ; le taux de fuite dans les réseaux atteint presque 1 litre d’eau potable sur 5 et, au rythme actuel des réparations, il faudra 150 ans pour rénover un réseau dont la durée de vie est de 100 ans environ ;  des investissements massifs seraient nécessaires pour améliorer la qualité de l’eau fournie aux consommateurs mais aussi celle des eaux dans leur ensemble : le grand cycle (qualité de l’eau des nappes et des fleuves, prévention et gestion des risques, préservation de l’eau…) est aujourd’hui dramatiquement sous-financé ;

2° La répartition entre les différents usagers n’est pas équitable. Les dépenses sont supportées à 53 % par les ménages, à 9 % par les agriculteurs (qui consomment 58 % de l’eau), à 32 % par les industriels et les activités commerciales et à 6 % par l’État et les collectivités. Les agriculteurs payent en particulier une très faible part des redevances qui financent les agences de l’eau, dont les ménages supportent l’essentiel. La situation est d’autant plus paradoxale que plus de 50 % des dépenses de la politique de l’eau concerne les pollutions, notamment les pollutions agricoles (nitrates, pesticides) qui y occupent une place déterminante. Toutefois, les redevances ont été réformées en 2025 pour être plus équitables et plus incitatives aux actions d’amélioration de la qualité de l’eau et des réseaux.

3° Les tensions entre les usages et les usagers augmentent, sachant que la consommation estivale risque d’augmenter d’ici à 2050.

 Les principales suggestions du CAE sont donc d’augmenter la part fixe du prix de l’eau pour permettre les investissements nécessaires, ce qui pourrait augmenter de 15 % le prix du m³ d’eau et pourrait nécessiter l’instauration d’un mécanisme de soutien aux ménages modestes.

Le CAE n’est pas favorable à l’instauration d’une tarification progressive selon la consommation car il considère que celle-ci est peu élastique au prix. En revanche, malgré cette réserve, le CAE suggère que, expérimentalement, la tarification soit modulée selon la saison ou la disponibilité de l’eau. Il propose surtout de mieux intégrer petit et grand cycle de l’eau, en incitant davantage à la sobriété de la consommation, en renforçant l’impératif de stockage de l’eau dans les nappes, en facilitant la réutilisation des eaux usées et en prévoyant d’accroître les financements des collectivités consacrés à la préservation des milieux aquatiques et à la biodiversité. Le CAE souhaite ainsi une contractualisation territoriale des différents consommateurs sur des objectifs de sobriété, avec des incitations financières plus marquées sur les redevances. Il est peu favorable au stockage de l’eau agricole dans des retenues de substitution, jugeant qu’il est beaucoup plus important de faciliter la recharge des nappes (luttes contre l’imperméabilisation, changement des pratiques agricoles). Cependant, ces retenues artificielles pourraient être admises sous condition d’engagements de sobriété.

Les notes du CAE, à la fois détaillées (10 à 12 pages) et concises (il ne s’agit pas d’un « rapport ») déroulent avec clarté une démonstration logique, assise à la fois sur des données économiques et écologiques : constat, appréciation des failles, solutions. Le CAE, placé auprès du Premier ministre, est censé éclairer les choix du gouvernement. Mais qui lit ses notes ?