Dégâts des animaux sauvages : la peine de mort ne sert à rien

Hôpital public : le diagnostic honnête des inspections générales
16 mars 2026
Règlement européen “retour” : adopter les méthodes de Trump?
30 mars 2026

Dégâts des animaux sauvages : la peine de mort ne sert à rien

Le Muséum d’histoire naturelle a publié, le 9 mars 2026, dans la revue Biological Conservation, une étude intitulée « La guerre aux nuisibles ne réduit pas les dégâts ». L’étude évalue l’efficacité de la politique suivie en France à l’égard des ESOD (« espèces susceptibles d’occasionner des dégâts »), à savoir, pour les espèces dites « non indigènes », le raton laveur, le ragondin, le rat musqué et la bernache du Canada ; pour les espèces « indigènes », la fouine, la martre, la belette, la pie bavarde, le corbeau freux, le renard roux, l’étourneau sansonnet et le geai des chênes ; et, pour la liste complémentaire, le lapin de garenne, le pigeon ramier et le sanglier. Les dégâts évoqués sont ceux qui mettent en cause la santé ou la sécurité publiques, la faune et la flore ou diverses activités agricoles. Les espèces concernées, inscrites sur des arrêtés ministériels de durée variable, peuvent être tuées, pendant une période donnée ou parfois toute l’année, par tir, piégeage, parfois « déterrage avec ou sans chiens ». Chaque année de 1,7 à 1,9 million d’animaux sont tués à ce titre.

L’étude du Muséum d’histoire naturelle a analysé les données officielles des années 2015 à 2022, par département, donc sur une période de 7 ans. Ils se sont appuyés sur le coût des dégâts déclarés, le nombre d’animaux tués et sur une estimation du coût de la « destruction ».

Les conclusions sont les suivantes :

1° L’étude compare le coût total de la mise à mort des animaux (estimé à plus de 100 millions sur 7 ans) avec celui des dégâts occasionnés les trois années précédentes, qui est beaucoup moins élevé (8 à 23 millions au total sur 7 ans) : c’est en effet sur le fondement des dégâts mesurés sur 3 ans qu’une espèce est inscrite sur la liste des espèces à détruire. Économiquement, le jeu n’en vaut donc pas la chandelle ;

2° Globalement, le nombre d’animaux tués n’est pas en relation avec les dégâts causés les trois années précédentes, sauf pour les renards et les étourneaux, où il existe une corrélation, assez limitée au demeurant. Pour certains oiseaux toutefois, une corrélation existe entre les « destructions « et les dégâts commis, mais sur la même période (la réaction est plus rapide) ;

3° L’augmentation de l’effort de régulation ne permet pas de limiter les dégâts l’année suivante, tout comme, inversement, la réduction de cet effort ne se traduit pas par des dégâts plus élevés. Autrement dit, il n’y a pas de lien sur le long terme entre l’ampleur des « destructions » d’animaux et celle des dégâts. On constate même que, dans certaines régions, s’agissant notamment de la pie, des geais et des étourneaux, plus on en a tué, plus les dommages constatés l’année suivante ont été importants, sans lien logique. En réalité, la destruction des animaux n’empêche ni n’amplifie les dégâts ;

4° Des études antérieures avaient déjà montré que le dispositif de destruction ne parvenait pas à réguler la population des renards. L’étude du Muséum indique qu’il échoue également à réguler la population des oiseaux, alors que c’est la raison avancée des autorisations de tuer.

L’étude avance quelques explications, qui peuvent également expliquer l’absence de liens entre les destructions d’animaux et les dégâts : s’agissant des oiseaux, la population se rétablit rapidement (nouveaux arrivants) quand l’offre de nourriture perdure. Par ailleurs les mesures de régulation n’affectent pas la part « reproductive » de la population. Une autre hypothèse est qu’il faudrait tuer beaucoup plus d’animaux pour parvenir à un résultat, parce que certains, y compris dans une même espèce, occasionnent plus de dégâts que d’autres. L’inconvénient d’une telle solution serait d’augmenter les coûts, déjà disproportionnés au coût des dégâts.

En revanche, la destruction de certaines espèces les empêche de jouer leur rôle positif dans l’écosystème, manger les petits rongeurs pour le renard ou disperser les graines pour les corbeaux et les geais.

L’étude plaide donc pour utiliser des techniques différentes, effarouchement ou emplois de répulsifs, et pour préférer, comme dans nombre de pays européens, la mise en place d’un système d’indemnisation des dégâts à la destruction des animaux. C’était déjà la position soutenue en 2024 par un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable.

Le Ministère (mais est-ce si surprenant ?) relativise les conclusions de l’étude et appelle à nuancer « les positions exprimées dans les deux camps », celui des chasseurs et celui des écologistes, comme si la rédaction d’une étude scientifique ne valait pas davantage qu’une déclaration d’opinion. Il penche naturellement en conclusion pour le maintien d’une « politique qui préserve les enjeux agricoles ». Il n’y a pas que les USA pour récuser la science.