Gérer la baisse démographique dans l’éducation

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Gérer la baisse démographique dans l’éducation

La DEPP, Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale, a fait paraître en avril 2026 une étude sur les projections d’effectifs d’élèves dans le premier et le second degré à horizon 2035. Leur baisse reflète celle de la natalité qui, amorcée à partir de 2010, s’est accentuée depuis lors. Comme toutes les projections démographiques, l’étude comporte plusieurs scénarios mais met en avant le scénario intermédiaire.  Sur ce fondement, à horizon 2035, le nombre total des élèves baisserait de 14,2 % (soit 1 676 800 élèves en moins). L’étude fait l’hypothèse que la répartition des élèves entre le public et le privé serait stable (hypothèse sans doute favorable pour le secteur public) et se cale sur les données actuelles pour ce qui est des taux de redoublement, de passage dans telle ou telle voie au lycée, ou bien de sortie du système, à quelques ajustements près.

Bien évidemment, l’évolution se produira par vagues successives, touchant d’abord davantage le premier degré, assez fortement en début de période avec, peu à peu, un impact qui s’alourdira pour le second degré : à partir de 2034, la diminution du nombre d’élèves se situera majoritairement dans les collèges, les lycées étant ensuite davantage touchés. Pour mémoire, les effectifs du premier degré baissent depuis 2015 et ceux du second depuis 2023, la pente, au départ très douce, s’accentuant avec les années.

L’étude comporte une prévision sur la rentrée 2026, sachant que les décisions sont déjà prises ou en cours de l’être pour y répondre. Le premier degré perdrait 125 400 élèves, soit 2 % des effectifs. La baisse toucherait moins le second degré (- 0,6 % des effectifs).

Le point difficile est que la baisse est inégale selon les territoires : l’étude produit des projections départementales, « en tenant compte des dynamiques » de chaque département, tout en veillant à ce que la sommation des évolutions prévues au niveau local soit cohérente avec les projections nationales.

S’agissant du premier degré, les effectifs reculeraient d’au moins 20 % dans 4 académies (Paris, La Martinique, Nancy-Metz et Lille), tandis que la baisse s’échelonnerait dans les autres entre -4,5 % et -19,5 %. La difficulté est qu’au sein d’une même académie, l’évolution peut être contrastée. Le constat d’une grande disparité entre territoires se retrouve dans le second degré, avec 2 académies d’outre-mer qui connaîtraient une hausse des élèves, 16 académies connaissant des baisses supérieures à 16 % et 9 académies des baisses moins prononcées, inférieures à la moyenne nationale (-13,2 %). Partout, le rythme est différent, plus rapide ici, plus lent là.

La baisse du nombre d’élèves conduit bien évidemment à s’interroger sur la politique à suivre quant à l’attribution des moyens, attributions de postes et maintien ou pas d’établissements.

Jusqu’alors, le débat opposait le ministre, qui a plaidé pour la suppression en 2026 de 4000 postes d’enseignants, à ceux qui auraient voulu que la baisse démographique soit mise à profit pour permette de réduire le nombre moyen d’élèves par classe, plus élevé en France que dans d’autres pays européens, voire de repenser le dispositif de l’Éducation prioritaire. Le ministre répond en expliquant que le nombre de postes supprimés en 2026 est proportionnellement très inférieur à la diminution du nombre d’élèves. Reste que cette réponse ne permet pas de savoir quelle sera la politique de long terme : l’Éducation nationale doit définir comment elle va gérer la question.

Elle y vient aujourd’hui, mais en tirant davantage les débats vers un sujet plus consensuel, surtout chez les élus, l’avenir de l’offre scolaire dans les territoires en voie de dépeuplement. Le ministre a d’abord annoncé la généralisation des Observatoires des dynamiques rurales et territoriales qui permettront, autour du préfet et de l’Inspecteur d’Académie, de réunir des données utiles au pilotage territorial. Puis, il a annoncé une expérimentation dans 18 départements, où les acteurs (services de l’État, collectivités et syndicats du personnel de l’Éducation) étudieront ensemble une politique de répartition de moyens. Le ministre compte sur leurs propositions pour s’adapter à la baisse de la démographie en évitant le plus possible, sinon la fermeture de classes, du moins celle des établissements. Il existe de fait des solutions, regroupements pédagogiques intercommunaux ou rapprochement écoles /collèges au sein d’une même entité ou encore développement des transports scolaires. La consultation des acteurs peut donc faire émerger des propositions aptes à atténuer le choc et qui, surtout, s’adapteront mieux au contexte local qu’une décision « tombant d’en haut ».

Pour autant, l’on reste dans l’expectative : le ministère souhaite un cadre territorial d’action pluriannuel défini par les acteurs locaux. Fort Bien. Mais celui-ci peut difficilement être fixé et s’appliquer sans cadrage national : dans quelle mesure, à ce niveau, les moyens seront-ils réduits ? Proportionnellement à la diminution des élèves ou pas ? Comment utilisera-t-on une marge éventuelle, maintien d’une offre scolaire en milieu rural et/ou amélioration de la qualité ?   Donnera-t-on par exemple la possibilité de créer, dans des territoires en difficulté sociale, des groupes provisoires de remise à niveau pour les élèves en difficulté sur une matière ?  Quel nombre maximum d’élèves par classe sera-t-il jugé souhaitable selon les territoires ?  Jusqu’à quel nombre d’élèves l’État acceptera-t-il de maintenir une classe dans un territoire rural ? Acceptera-t-il les classes à plusieurs niveaux ?

Peut-être la réflexion locale facilitera-t-elle la réflexion nationale : le ministre semble de fait en attendre, sinon des normes, du moins des indications quant à ce qui est tolérable, par exemple en termes de distance à l’école. Mais à un moment donné, il faudra déboucher sur la définition d’une politique nationale d’adaptation des moyens, et, compte tenu des attentes fortes sur l’amélioration de l’Éducation, celle-ci ne pourra être seulement quantitative. Pour l’instant, les annonces du ministre lui permettent d’esquiver cette question centrale, mais cela ne pourra durer.