Les feux extrêmes subis ces dernières semaines ont suscité une vague d’accusations contre les autorités responsables, le gouvernement et le Président de la République. Celui-ci notamment n’aurait pas tenu ses promesses de 2022, année riche en incendies dramatiques, d’investir massivement dans les moyens de lutte. Les critiques portent également sur l’absence de mise en œuvre des recommandations du « Beauvau de la sécurité civile », instance de concertation réunie en 2024 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, dont les propositions devaient donner lieu à un projet de loi encore aujourd’hui dans les cartons.
Ces critiques sont en partie fondées. Emmanuel Macron, jamais avare de promesses enthousiastes, avait, lors des incendies de 2022, promis de renouveler et d’augmenter la flotte de moyens aériens en achetant 4 nouveaux Canadair et en remplaçant les 12 qui composaient la flotte d’alors, tous moyens qui devaient être opérationnels avant la fin du quinquennat. En réalité 4 Canadair seulement ont été commandés et puis la commande de deux d’entre eux a été annulée en 2024, probablement à cause de la diminution des crédits de la Défense civile, peut-être, comme le dit G. Attal, alors Premier ministre, parce que l’entreprise de production était alors en pleine réorganisation et incapable d’honorer toutes les commandes. La commande annulée a cependant été repassée en 2026 : en définitive, 2 avions supplémentaires devraient être livrés vers 2028 et deux autres après 2030. Du fait de ces retards, les moyens aériens actuels de lutte se révèlent insuffisants quand la force et l’étendue des incendies augmente, comme en 2026, d’autant plus que la flotte actuelle est ancienne et connaît des incidents. Ces difficultés vont perdurer des années.
De même, si on relit les conclusions du Beauvau de la sécurité civile, le modèle français y est considéré comme solide mais « sous tension » compte tenu de nouvelles menaces, dont celle du changement climatique et du décalage entre les besoins et les capacités opérationnelles. Ses défaillances d’ensemble porteraient sur l’absence d’anticipation stratégique et budgétaire : il ne parviendrait pas à s’adapter à l’évolution des besoins. S’agissant plus précisément des services d’incendie et de secours, les dispositions actuelles de financement sont jugées « à bout de souffle », à revoir en fonction d’une analyse des besoins. De même, le Beauvau met l’accent sur l’insuffisance de la préparation de la population à la gestion des risques et sur le déficit de la prévention. Pour autant, les propositions du Beauvau restent très générales et, pour les transcrire dans la loi, l’on comprend qu’il faille passer à une réflexion plus concrète et plus approfondie.
L’on peut conclure est que les moyens humains et matériels contre le risque d’incendie ne sont manifestement pas proportionnés à la gravité des évènements et qu’il faudrait impérativement les adapter.
Pour autant, force est de souligner que la question ne peut être simplement vue sous l’angle des moyens de lutte. Le Beauvau le dit et, aujourd’hui, ce point de vue se répand, notamment quant au développement de la prévention, indispensable dès lors que les pompiers eux-mêmes reconnaissent qu’ils ne peuvent que très difficilement arrêter un feu extrême, tout au mieux dans ce cas veiller à la sécurité de la population. Mais comment protéger un territoire ? La question du débroussaillage est posée, qui crée une zone de sécurité entre les maisons et la végétation ou la forêt ainsi que des zones tampons en forêts, dites pare-feux. Ce débroussaillage est obligatoire (deux lois de 2021 et de 2023) mais non effectué dans 50 à 70 % des cas, malgré les sanctions prévues, parce qu’il est coûteux et contraignant.
Pour autant, le débroussaillage ne suffit pas et perd de son efficacité quand le feu atteint une certaine violence. D’autres questions se posent, comme la monoculture de pins ou, surtout, l’urbanisation rampante qui mord sur la forêt ou en reste trop proche. Des géographes, des urbanistes posent aujourd’hui la question de la cohabitation entre l’urbanisation et les espaces boisés et de l’augmentation des populations dans des zones jugées à risques, mettant en garde contre un risque non maîtrisable. D’autres experts mettent en cause la gestion des forêts elles-mêmes, parfois dégradée, qui les rend plus vulnérable. Ce n’est pas la loi qui va régler ces questions : les citoyens et les élus locaux doivent toutefois se les poser s’ils veulent acquérir cette culture du risque que le Beauvau de la sécurité civile souhaitait voir se développer.