La Dares a publié en juillet 2026 l’état des lieux de l’activité et de l’emploi des seniors en 2025.
Pendant très longtemps, le taux d’emploi de cette tranche d’âge (55 à 64 ans) a été faible : à la fin des années 1970, il ne dépassait pas 49 %. Il a ensuite baissé encore davantage, dans les années 80 et 90, à une époque où la politique de l’emploi avait choisi l’éviction des travailleurs âgés pour réduire le chômage, d’abord par abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans en 1982, ensuite par le jeu des préretraites, qui ont joué dès 55 ans, voire 50. Le point le plus bas du taux d’emploi des seniors (29,7 %) a été atteint en 1998. Toutefois, c’est à cette époque que l’on prend conscience du poids croissant des retraites et des perspectives démographiques qui tendent à l’alourdir : le recul de l’âge de la retraite s’engage progressivement (réformes de 1993, 2003, 2010…). C’est ce recul qui va conduire, dès le début des années 2000, à un redressement de l’emploi des seniors, qui sera ensuite régulier : le taux d’emploi passe de 30,7 % en 2000 à 61,7 % en 2025, soit un peu plus de 1 % par an en moyenne, témoignant d’une lente évolution, par les entreprises et la population, de la conception de l’âge de l’inactivité et de celui de la vieillesse.
Plusieurs constats viennent cependant atténuer cette première conclusion.
En premier lieu, le taux d’emploi reste très différent selon les tranches d’âge : de 55 à 59 ans, le taux d’emploi est de 78,8 %, inférieur mais pas si éloigné de celui de la tranche d’âge précédente (83,9 %). Toutefois, il reste bas de 60 à 64 ans, avec 44,4 %. Le taux d’emploi des 55-59 ans est supérieur désormais en France à la moyenne européenne mais celui des 60-64 ans lui est nettement inférieur : c’est un des plus bas de l’Union.
De plus, un graphique représentant les évolutions de l’emploi, année après année, des 50 à 65 ans, montre que le taux d’emploi commence à faiblir légèrement dès 56 ans : la courbe s’infléchit doucement vers le bas entre 56 et 59 ans, puis plus nettement ensuite à partir de 60 ans : la vague commence toujours tôt même si elle est moins prononcée désormais.
Ces deux constats peuvent être mis en relation avec les différences entre catégories socio-professionnelles : le taux d’emploi des seniors les plus diplômés est non seulement très élevé de 55 à 59 ans (88,9 %) mais il le reste ensuite, même dans la tranche 60-64 ans (61 %). A l’inverse, le taux d’emploi des personnes sans diplômes, déjà pas très élevé de 55 à 59 ans (60,1 %) devient carrément faible après 60 ans (30,5 %). En outre, les non diplômés sont très représentés dans la catégorie que l’Insee appelle les NER (ni en emploi, ni en retraite), catégorie qui vise à mesurer les personnes de plus de 55 ans en inactivité de manière contrainte, souvent avec de faibles ressources. Entre 55 et 59 ans, la part de personnes au chômage et en inactivité hors retraite atteint 9,3 % parmi les titulaires d’un diplôme supérieur à bac+2 mais 37,8 % pour les peu ou pas diplômés.
Ces données illustrent que les questions à résoudre pour développer l’emploi des seniors concernent pour l’essentiel les seniors peu ou pas diplômés, qui se retrouvent en dehors du marché du travail plus précocement que les autres, pour des raisons de qualification ou de santé, et peuvent alors connaître la pauvreté. Ce sont eux aussi qui tirent à la baisse le taux d’emploi des plus de 60 ans, sans doute pour des raisons de pénibilité. L’augmentation du taux d’emploi des seniors dépendra des mesures prises pour limiter celle-ci.