En juillet dernier, l’Insee, dans sa parution sur l’évolution du taux de pauvreté en 2024, soulignait déjà que le taux atteint alors, 15,4 % de la population, soit 9,8 millions de personnes, était le plus haut depuis 1996. L’augmentation des écarts de revenu entre les 20 % les plus pauvres et les 20 % les plus riches depuis 8 ans (multiplicateur de 4,4 en 2017, de 4,62 en 2024) y était soulignée.
Aujourd’hui, deux autres parutions d’Insee Première, l’une sur « les épisodes de pauvreté » (1er octobre), l’autre sur les dépenses de logement des ménages (23 septembre) confortent l’inquiétude sur une augmentation des inégalités au détriment des plus modestes.
S’agissant des épisodes de pauvreté, le premier constat de l’Insee est que se trouver en situation de pauvreté n’est pas rare : sur 4 ans, de 2021 à 2024, près d’un quart de la population (24 %) a connu au moins un épisode de pauvreté monétaire (une année de revenus inférieurs à 60 % du niveau de vie médian).
Ce pourcentage est le même que celui constaté 15 ans plus tôt, de 2008 à 2011.
En revanche, en octobre 2026, l’Insee indique que la récurrence de la pauvreté, soit la répétition longue d’une situation de pauvreté, a augmenté. Les sorties de la pauvreté au bout d’un an sont, on le sait, minoritaires et souvent non pérennes : ainsi, sur 6 personnes pauvres en 2021, deux ne sont plus en 2022 mais, en 2024, une seule n’a plus connu de situation de pauvreté après celle de 2021. La pauvreté, on y tombe, on en sort parfois et souvent on y retombe. Surtout, la proportion de personnes restées pauvres 4 ans de suite (donc subissant la pauvreté sur une longue période) a presque doublé sur 15 ans, passant de 4 % sur la période 2008-2011 à 7 % sur la période 2021-2024. Les situations de pauvreté sont donc plus durables aujourd’hui. Le taux de 7 % n’est, au demeurant, qu’une moyenne nationale : il est bien plus élevé pour les jeunes de 16 à 25 ans (11,2 %), pour les familles monoparentales (14,6 %), pour les chômeurs (22,4 %) et pour les personnes sans diplôme (13 %).
Quant à la pauvreté à un an (répétition d’une situation de pauvreté sur 2 ans), elle concernait 63 % des personnes pauvres en 2008, 68 % d’entre elles de 2013 à 2015 et, en 2023, le pourcentage atteignait 71,4 %.
Seconde alerte, l’Insee a étudié le poids « net » des dépenses de logement dans le budget des ménages en 2024 (en fait, le « taux d’effort », c’est-à-dire le pourcentage de revenu consacré au logement en tenant compte des aides au logement). La surprise est de constater que, sur 10 ans, ce taux a globalement baissé, passant de 18,3 % en 2014 à 16,8 % en 2024. Les chiffres d’ensemble recouvrent toutefois des situation fort différentes, accédants à la propriété (taux d’effort de 23 %), propriétaires non accédants (7 %), locataires du parc social (24 %) et du parc privé (25,4 %).
Globalement parlant la baisse du taux d’effort s’explique surtout par la suppression de la taxe d’habitation, sachant que d’autres postes de dépenses ont augmenté et que, surtout, les aides sociales au logement ont baissé.
Les différentes catégories sont donc inégalement concernées par la baisse d’ensemble.
Ainsi, compte tenu de la baisse des aides au logement pendant la période, le taux d’effort net est resté stable pour les locataires du secteur social malgré la baisse de la taxe d’habitation.
Ce taux a globalement baissé pour les propriétaires et les autres locataires (ceux du secteur privé), à la seule exception du quart des ménages les plus modestes qui sont locataires du secteur privé : on sait en effet que ceux-ci ont à la fois un taux d’effort brut très élevé mais aussi des aides au logement importantes, compte tenu de leurs faibles revenus, aides qui atténuent leurs charges sans empêcher toutefois un taux d’effort net encore élevé. Du fait de la baisse de la taxe d’habitation, de 2014 à 2024, le taux d’effort brut des locataires du privé à bas revenu (les 25 % de la population qui ont les revenus les plus bas) a baissé, passant de 56,2 % à 52 % mais, compte tenu de la baisse des aides qui les a tout particulièrement touchés, leur taux d’effort net a légèrement augmenté, passant de 41,4 à 41,8 %.
Ainsi, la suppression de la taxe d’habitation n’a en définitive profité qu’aux plus aisés, les propriétaires d’une part et les locataires du secteur privé dont les revenus sont les plus élevés. La baisse concomitante des aides au logement a privé les locataires du secteur social de ce bénéfice et a même alourdi légèrement la charge déjà écrasante des locataires les plus modestes du secteur privé. La France prétend pourtant lutter contre la pauvreté…