Conditions de travail : une amélioration, encore des points sombres

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Conditions de travail : une amélioration, encore des points sombres

La Dares, organisme d’études et de statistiques du ministère du travail, a publié en septembre les résultats de l’enquête Conditions de travail et risques psycho-sociaux portant sur 2024-2025, avec plus de 25 000 questionnaires recueillis en face-à-face et la rédaction d’auto-questionnaires dans certains cas. La comparaison avec l’enquête précédente publiée en 2016 est un point fort de l’étude : elle permet de mesurer les évolutions du monde du travail sur les dix dernières années.

L’enquête ne porte que marginalement sur les conditions matérielles de travail, avec un seul questionnaire sur la pénibilité physique (comportant plusieurs items, rester longtemps débout, faire des déplacements longs ou fréquents, porter des charges lourdes, subir des postures pénibles, être exposé à des secousses et vibrations). L’essentiel est consacré aux risques psycho-sociaux, soit les risques pour la santé physique ou mentale des salariés engendrés par leurs conditions d’emploi : intensité du travail (contraintes de rythme, pression, surcharge) ; contraintes horaires ; exigences de maîtrise émotionnelle, notamment pour les salariés exposés à des contacts avec le public ; manque d’autonomie ; exposition à des conflits de valeur et fierté dans le travail ; qualité des rapports sociaux et craintes pour l’emploi.

Quelles sont les grandes conclusions de l’enquête ?  Globalement parlant, malgré des exceptions, ressort un constat de nette amélioration des conditions de travail, sauf pour les employés non qualifiés, qui paraissent moins bénéficier de cette évolution, voire subir des aggravations. Toutefois, malgré la baisse des contraintes qui pèsent sur la plupart des salariés, l’on éprouve toujours une certaine surprise devant le pourcentage élevé de ceux qui les subissent.

Ainsi, les contraintes physiques sont stables depuis 2016, sachant que 39 % des salariés restent soumis au moins à 3 d’entre elles (et 74 % des ouvriers, qualifiés ou non), pourcentage global de pénibilité physique qui reste fort. Cette stabilité cache en fait une augmentation du nombre de personnes affectées :  le pourcentage de cadres, salariés peu exposés, a en effet augmenté dans la période, passant de 18 à 24 %, mais le nombre des employés non qualifiés, catégorie à l’inverse très exposée, a lui aussi augmenté.

L’intensité du travail a globalement baissé, pour la première fois depuis 1984 : le pourcentage des salariés soumis à au moins trois contraintes de rythme est passé de 43 à 38 % (mais il reste stable pour les employés non qualifiés). De même, les pressions pour se dépêcher et la surcharge de travail ont presque partout diminué, sauf pour ces mêmes employés non qualifiés, qui sont plus nombreux à se plaindre de subir des injonctions d’aller vite et d’une quantité de travail excessive que 10 ans auparavant. Les contraintes horaires (horaires atypiques, impossibilité de s’absenter même quelques heures) ont diminué, tout comme les exigences de maîtrise émotionnelle en présence du public, sachant que les femmes y restent beaucoup plus exposées que les hommes, tout comme les agents du secteur public.

Quant à l’autonomie dans l’organisation du travail, elle a progressé, même si 41 % des salariés déclarent encore en manquer. Mais là encore, les ouvriers non qualifiés sont à part, dont les déclarations sur l’absence d’autonomie augmentent.

La part des salariés soumis à des conflits de valeur diminue et la part de ceux qui se sentent fiers de leur travail augmente fortement (+ 10 points). Les relations avec les supérieurs s’améliorent (même si 21 % des salariés ont toujours avec eux des relations dégradées), sachant que les comportements hostiles rencontrés dans le service n’augmentent que pour les employés (qualifiés ou non). Enfin, les salariés se plaignent moins qu’auparavant d’un manque de reconnaissance et d’un salaire trop faible et éprouvent moins de craintes pour leur emploi, même si les cadres et les professions intermédiaires se plaignent davantage de changements imprévisibles ou mal préparés.

L’ensemble de l’enquête de la Dares témoigne donc d’une amélioration globale des conditions de travail, à l’exception de la catégorie grandissante des employés non qualifiés, nouveau lumpenprolétariat des entreprises. On ne peut que s’en réjouir après la détérioration notée par les enquêtes antérieures, sachant toutefois que l’intensité du travail demeure bien plus élevée aujourd’hui que dans les années 80 et 90.

Reste un point sombre : davantage de salariés qu’en 2016 ne se sentent pas capables de faire le même travail jusqu’à la retraite, 41 % contre 38 %. La réforme des retraites intervenue entre temps en est peut-être la cause. Mais c’est peut-être aussi la limite d’une meilleure acceptation du travail tel qu’il est.