Une étude parue en septembre de la Paris Schools of Economics (étude réalisée par M-R Andreescu et É. Maurin), qui n’est malheureusement disponible qu’en anglais, analyse l’impact de l’offre de logiciels de l’Intelligence artificielle sur le marché du travail en France, particulièrement sur certaines offres d’emploi.
L’étude a étudié les offres d’emploi dans trois groupes de métiers, pendant une période longue, à partir du 4e trimestre 2021 jusqu’à mi 2025 : un groupe de métiers jugés très exposés à l’impact de l’IA, comme les métiers d’informaticien ou ceux relevant des technologies de l’information et de la communication (groupe appelé IT- Specialists); un groupe de métiers de bureau, assistant commercial, comptable, assistant RH…(IT-Exposed), qui peuvent ou pas réclamer des compétences informatiques, en distinguant les deux sous-groupes ; enfin un groupe témoin de métiers dont on est certain que l’IA n’a pas d’impact sur eux (aide-soignant, maçon…).
L’impact de l’IA ne se fait sentir que qu’à partir du premier trimestre 2024, soit quelques mois après l’apparition de versions professionnelles d’IA jusqu’alors uniquement génératives, dont l’étude montre qu’elles suscitent un nombre croissant d’utilisations à partir de fin 2023, nombre qui continue depuis lors sa progression très ascendante.
Entre fin 2023 et fin 2025, la chute des offres d’emploi des métiers spécialisés d’informaticien serait de 40 à 50 % quand on la compare à l’évolution des métiers non exposés. Elle serait moindre dans les métiers qui sont simplement exposés à l’IA, de l’ordre de 25 %, mais avec une nette différence entre ceux de ces métiers qui réclament explicitement une compétence informatique (les offres baissent) et les autres (les offres sont stables).
Bien évidemment, le nombre de candidats pour un emploi offert augmente alors fortement. Les embauches déclarées ensuite dans les mois suivants diminuent dans la même proportion.
L’étude ne peut pas être assimilée à une évaluation des pertes d’emploi et ne mesure pas une tendance à la suppression d’emplois. Elle signifie simplement que le contenu des métiers concernés évolue et que, le recours à l’IA permettant d’alléger certaines tâches, les embauches en sont freinées. Pour l’instant, ce sont surtout les jeunes qui sont pénalisés : il leur est plus difficile d’obtenir un emploi sur lequel ils ont été formés.
Pour autant, c’est bien sur les éventuelles suppressions d’emploi dans les métiers spécialisés ou simplement exposés que les inquiétudes s’expriment.
La question est ancienne mais jusqu’ici sans réponse claire.
Une note de la Direction générale du Trésor de juin 2026 a recensé les études, dont les estimations s’étagent, selon les institutions ou les économistes, de 5 % à 40 % d’emplois qui seraient menacés. Le Trésor souligne que les effets actuels sont faibles et que les effets futurs sont incertains : ils seraient très difficiles voire impossibles, à mesurer. Une seule piste récente : jusqu’alors, le prix Nobel d’économie, Daron Acemoglu, était le seul à évoquer un remplacement par l’IA de 5 % des tâches, soit l’estimation la plus basse. Il vient de déclarer qu’aujourd’hui, il augmenterait cette estimation de plusieurs points, passant sans doute à des suppressions proches de 8 à 9 %. Surtout, dit-il, il faudrait nous y préparer alors que ce n’est pas le cas aujourd’hui. Anticiper les conséquences, sur les orientations étudiantes, sur le contenu des métiers et la formation des salariés ou sur le mode de fonctionnement des entreprises, voilà en effet une perspective encore peu explorée : mais se préparer dans le noir, c’est difficile. Du moins aujourd’hui connaît-on certains risques.