Le ministre de l’Éducation Nationale a annoncé récemment qu’il allait concentrer son action sur les 800 collèges dont plus de 40 % des élèves avaient eu moins de 8/20 en français et en mathématiques au brevet. Les recteurs concernés devront constituer une équipe composée de professionnels (personnels de formation mais aussi personnel de direction, conseiller principaux d’éducation, infirmiers…) pour « accompagner » ces collèges afin que les résultats s’améliorent. L’accompagnement pourra fixer des objectifs sur la formation des enseignants, sur l’organisation pédagogique (renforcement des séances essentielles, travail en petits groupes, soutien personnalisé des élèves les plus en difficulté), sur l’amélioration de la santé des élèves ou le climat d’ensemble.
L’approche est étonnante : certains syndicats y ont vu une sorte de mise sous tutelle d’établissements dont les personnels seraient considérés comme incapables de prendre en charge les difficultés de leurs élèves. Il y a sans doute un peu de ça, même si les enseignants ont, on le sait, des besoins en formation professionnelle non satisfaits et si les équipes d’accompagnement peuvent aider à définir une stratégie. Cependant, l’on ne sait pas bien d’où viendront les équipes d’accompagnement, surtout dans les Académies qui concentrent de nombreux collèges en difficulté. Surtout, l’on a du mal à croire que la définition d’une stratégie pour remettre l’établissement à niveau ne nécessite pas des moyens supplémentaires sur le long terme, sauf, effectivement, à considérer que les personnels de ces établissements ne se donnent pas assez de mal. J-M Blanquer, ministre de l’Éducation lors du premier mandat d’É. Macron, avait déjà la conviction que les résultats des élèves dépendent, pour l’essentiel, des méthodes appliquées : une de ses ambitions était de donner aux enseignants des objectifs d’amélioration sur le fondement de l’évaluation du niveau scolaire de leurs élèves en début d’année. Le ministre actuel, E. Geffray, qui a travaillé sous ses ordres et appartient à la même famille politique, pense sans doute aussi que c’est la bonne méthode.
Surtout, la démarche tendant à s’occuper prioritairement de 15 % des collèges publics prend place à un moment où le ministre annonce qu’il ne reverra pas la carte de l’Éducation prioritaire. Celle-ci a été gelée en 2018 (l’année où elle devait être revue) par J-M Blanquer, dans l’attente d’une réforme qui n’est jamais venue. Le ministre actuel reconnaît que la carte est obsolète mais pense qu’il est lui-même dans une situation trop précaire pour engager ce travail politiquement délicat. Courage courage…
Les résultats de la France aux tests PISA, qui révèlent que le niveau scolaire des jeunes défavorisés, déjà préoccupant, a baissé, montre pourtant l’urgence d’une politique nationale : à 15 ans, les performances des élèves français sont, davantage que dans les autres pays de l’OCDE, liées à leur origine sociale. La politique de l’Éducation prioritaire serait donc à repenser. Tous les rapports récents (les rapports de la Cour des comptes de 2018 et de 2025 comme celui du CNESCO de 2016) indiquent que les résultats en sont médiocres : l’objectif de réduction de l’écart de niveau entre les élèves de l’éducation prioritaire et les autres n’a pas été atteint. Ainsi, selon les données du ministère (L’état de l’école, 2025), dès l’entrée en 6e, le score moyen des élèves de l’éducation prioritaire est inférieur à ceux des autres élèves du public de 12,5 % en français et de 14 % en mathématiques, l’écart avec les élèves du secteur privé étant plus important (17,6 % et 19 %). Les mesures prises pour limiter ces écarts sont inadaptées et en tout cas incomplètes. L’essentiel des dépenses du ministère portent sur les dépenses de personnel : coût du dédoublement des petites classes depuis 2017 (sachant que les effets sur les acquis ne sont pas durables), ensuite petite réduction du nombre des élèves dans les autres classes (trop limitée pour avoir un effet), enfin amélioration dans le réseau REP + du temps collectif et des primes des enseignants, mesures dont l’impact sur les résultats des élèves n’a jamais été évalué. Les efforts envisagés sur la formation des enseignants et sur les évolutions pédagogiques sont résiduels.
Le rapport de la Cour des comptes insistait en 2018 sur les conséquences néfastes de l’affectation des jeunes enseignants inexpérimentés en Éducation prioritaire. Celui de 2025 souligne qu’une logique d’affectation de moyens a pris le pas sur une politique pédagogique et sur une réflexion plus large, mixité sociale et accompagnement des élèves vulnérables.
La politique nationale doit donc être revue pour être enfin efficace. L’élaboration d’une stratégie sans moyens dans 800 établissements ne changera pas ce constat.