Améliorer l’enseignement

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Améliorer l’enseignement

L’école sera sans nul doute un des thèmes de la campagne présidentielle 2027 : les propositions consensuelles portent aujourd’hui sur l’augmentation des salaires des enseignants. Les débats qui le sont moins évoquent l’autonomie des établissements, la réduction des effectifs des classes et la résorption des conséquences des inégalités sociales entre élèves, que l’école ne crée pas mais qu’elle ne parvient pas à réduire, voire aggrave.

Dans une note de début septembre 2026, École, un plan d’action pour rattraper le retard français, le Conseil d’analyse économique (CAE) a choisi le sujet difficile de la réduction des inégalités sociales et territoriales et de la baisse des acquis d’ensemble qui en résulte, notamment en mathématiques et lecture. Il considère que le constat inquiétant qui ressort aujourd’hui des comparaisons internationales n’est pas une fatalité, citant de nombreux systèmes éducatifs étrangers qui, alors qu’ils connaissaient des difficultés similaires (Angleterre, État du Mississipi aux USA, Pologne, Portugal…) ont réussi à se redresser sur le long terme. De fait, les progrès en mathématiques de ces pays depuis 1995 sont nets, alors que les résultats de la France (progression moyenne des élèves et pourcentage d’élèves en dessous du seuil minimal) se sont au contraire dégradés sur la période.

Tant en lecture qu’en mathématiques, la note du CAE préconise d’abord de se fixer des objectifs précis et chiffrés à 10 ans, déclinés par année, et de les mesurer régulièrement ; en France, les objectifs pourraient être de diviser par deux la part d’élèves sous le seuil minimal de compétences et de ramener les inégalités éducatives liées à l’appartenance socio-professionnelle des parents au niveau moyen de l’OCDE. De fait, en France, la dégradation des résultats liée à l’aggravation des inégalités est régulièrement déplorée mais les objectifs sont le plus souvent définis de manière très générale et la mesure des résultats ne se fait guère que lors de la publication des résultats des études internationales. Les chiffres ne sont pas en tout cas reliés à un pilotage du système.

Quant aux leviers de redressement proprement dits, la note en identifie 5.

Le premier (qui suscitera sans doute des réactions d’opposition) est la standardisation des méthodes pédagogiques, au profit de celles qui sont « structurées » et « validées par les preuves » (reconnues par les études scientifiques). Elle constate en effet qu’en France, c’est l’hétérogénéité des pratiques pédagogiques qui domine, les programmes officiels ne donnant que des objectifs et les manuels scolaires n’étant pas certifiés.

Le second levier est la formation continue des enseignants, dont toutes les études montrent l’importance pour l’amélioration du niveau des élèves : là aussi la France se distingue défavorablement, avec, au collège, 3,5 jours effectifs de formation continue par an des enseignants, contre 8 en moyenne dans l’OCDE, soit cinq fois moins que dans les systèmes les plus performants. De plus, la formation continue en France est rarement consacrée à l’amélioration de compétences pédagogique et souvent trop théorique. Le constat, connu, dénoncé à de multiples reprises, n’a jamais été rectifié.

Le troisième levier est de cibler les efforts sur les élèves les plus fragiles, détection précoce, tutorat d’enseignants spécialisés, travail en petit groupe…En France, il existe de nombreux dispositifs spécifiques : mais ils se caractérisent par leur diversité, par le manque d’enseignants spécialisés, parfois par leur inégale qualité.

La taille des classes devrait en outre être réduite, notamment dans le primaire (22 élèves par classe en moyenne en France contre 19 dans l’OCDE).

Enfin, le dernier outil est l’évaluation des élèves. En ce domaine, la France est dotée d’un dispositif très substantiel mais qu’elle n’utilise pas vraiment : les résultats sont remis aux enseignants, sans protocole, sans temps collectif d’analyse, sans possibilité de déclencher tel ou tel mécanisme de soutien quand des élèves sont identifiés comme en difficulté.

La note du CAE chiffre à 4 Mds par an le coût de ces mesures. C’est donc une difficulté, peut-être surmontable dans un contexte de baisse des effectifs.

Toutefois, la difficulté principale est sans doute ailleurs et la note ne le dissimule pas : ce qui risque de faire échouer toute ambition importante, c’est la défiance des enseignants et leur découragement, liés à des réformes successives qui devaient solutionner les problèmes et qui, faute de moyens, d’adhésion ou de cohérence, n’ont guère donné de résultats. Ce qui a prévalu aussi, c’est l’instabilité, une réforme puis une autre, sans cohérence ni continuité. La note recommande donc une loi de programmation sur dix ans, une conférence citoyenne pour élaborer les principaux axes d’action et associer la population aux choix, une responsabilisation plus grande des établissements qui devraient fonctionner comme des équipes collectives animées par le chef d’établissement et gagneraient à disposer d’une plus grande autonomie (avec affectation de ressources propres et possibilité de s’organiser pour répondre aux problématiques locales). L’accent doit être mis, impérativement, sur la formation des enseignants. Cela suffira-t-il ? Y aura-t-il consensus sur les objectifs à suivre dans une France divisée ? Et comment sont intégrés à ce programme les territoires déshérités qui concentrent les élèves en difficulté ?

Il faudra bien un jour reprendre le débat de fond et surmonter ces difficultés. Mais on n’y arrivera pas si les seules propositions pour l’école sont d’augmenter les salaires et de restaurer l’autorité. La campagne présidentielle, sur ce point, est mal partie.