Le pouvoir d’achat, question sensible

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Le pouvoir d’achat, question sensible

L’Insee a publié le 15 octobre dernier un document Pouvoir d’achat, inégalités de revenu et pauvreté dans une nouvelle collection (2027, la Statistique publique au service des débats) qui, à l’approche des présidentielles, veut éclairer les débats économiques et sociaux qui traversent la société.

Le pouvoir d’achat en est un. Les données publiées permettent d’appréhender la question de son évolution, au centre des manifestations récentes.

De 2005 à 2025, le pouvoir d’achat des ménages en tenant compte de leur composition et donc de l’augmentation de la population (par unité de consommation) a augmenté de 13,4 %, soit en moyenne annuelle de + 0,6 %. La progression des niveaux de vie (notion proche du pouvoir d’achat) a été plus forte pour les 20 % les plus aisés, l’écart des niveaux de vie avec les 20 % plus modestes passant de 4 à 4,6.

Les ménages ont pourtant souvent le sentiment d’avoir perdu en pouvoir d’achat : au demeurant, si, globalement, cela n’a pas été le cas jusqu’en 2025 (la baisse de -0,7 % du pouvoir d’achat indiquée dans les Comptes de la Nation cette année-là s’explique par la baisse des revenus du patrimoine et, en particulier, des distributions de dividendes, ce qui n’affecte pas la population dans son ensemble), en revanche, la baisse est certaine et sera douloureuse en 2026 (sans doute -0,7 % aussi) : elle touchera tous les ménages (énergie, alimentation…), sera particulièrement difficile à supporter si le chômage continue d’augmenter et risque de se poursuivre en 2027.

Le présent et le futur sont sombres.

Pour le passé, le sentiment d’une baisse du pouvoir d’achat alors que, globalement, celui-ci a augmenté, peut s’expliquer par plusieurs raisons.

La progression des 20 dernières années (+0,6 % annuels) et bien plus faible que celle des 20 années précédentes (+ 1,7 % annuels). La population a le sentiment d’un ralentissement de ses gains et d’une évolution peu favorable de l’économie : elle a raison.

Surtout, les données citées sont des moyennes nationales. Or, les situations individuelles (et même les situations par professions) sont très contrastées. L’Insee a publié récemment l’évolution des salaires en euros constants, par EQTP et par professions, sur la période 2019-2024 qui a connu un épisode d’inflation forte, surtout en 2022 (sortie du COVID et début de la guerre en Ukraine) : alors que globalement l’évolution du pouvoir d’achat a été faiblement positive, certaines professions (dentistes, médecins…) s’en sortent très bien, sur d’autres (qui comportent beaucoup de gens payés au SMIC), l’impact est neutre ou faible, et dans certaines professions, l’évolution du pouvoir d’achat est très négative, jusqu’à – 5 % pour les enseignants et les cadres, l’effet de noria (les embauches se font à un niveau de rémunération inférieur aux pratiques antérieures) jouant un rôle dans ce dernier cas.

De plus, la mesure de l’inflation qui sert au calcul du pouvoir d’achat est imparfaite : elle mesure l’évolution des prix à qualité constante, convention qui contrevient au « ressenti ». Surtout, les personnes y sont très inégalement exposées en fonction de l’importance de leurs revenus et de la nature de leur consommation : quand on note que, dans les années récentes, ce sont les prix de l’énergie et de l’alimentation qui ont le plus augmenté, on comprend les réactions des populations modestes.  En outre, plus les personnes ont un pourcentage de dépenses contraintes importantes (et ce sont souvent les plus modestes qui sont dans ce cas), plus elles ressentent les effets de l’inflation.

 Quant aux inégalités, on a vu que sur la période, en termes de niveau de vie, elles augmentaient. Le plus inquiétant cependant est qu’elles augmentent surtout avant redistribution, soit sur les revenus hors prestations non contributives (revenus d’activité ou de remplacement et revenus du patrimoine). Sur ce type de revenus, entre les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes, l’écart est passé en 20 ans de 6,7 à 8,4 : cela tient à ce que les revenus d’activité des plus modestes ont baissé en euros constants, tandis que les revenus du patrimoine des plus aisés ont fortement augmenté. Un tel constat est explosif…