Parcoursup, la cécité volontaire des pouvoirs publics

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Parcoursup, la cécité volontaire des pouvoirs publics

Lors des manifestations lycéennes, la plate-forme Parcoursup, mise en place en 2017, qui permet, après sélection, la répartition des demandes exprimées par les lycéens ou les personnes en reprise d’études entre les formations des établissements d’enseignement supérieur, a été critiquée, voire vilipendée. Les doléances portent sur son incapacité à apporter une réponse à toutes les demandes et sur l’absence de transparence sur les critères de choix des établissements (Parcoursup est complété par des algorithme locaux de pré-classement dont le contenu n’est pas connu). Les commentateurs ont parfois fait semblant de croire que les lycéens, en s’attaquant à Parcoursup, mettaient en cause le principe de sélection, selon eux inévitable. C’est en partie vrai, puisque la demande est que les personnes éligibles puissent être toutes accueillies, ce qui, aujourd’hui, est loin d’être le cas : à l’issue de des phases ordinaires d’admission, il restait en 2024 85 000 candidats sur le carreau, 103 000 en 2025, 163 400 en 2026. Ces candidats (pas tous) seront pris en charge et peuvent espérer une solution, souvent différente de leurs vœux d’origine. Mais les lycéens protestent surtout sur le fait le nombre de places dans les établissements d’enseignement supérieur est manifestement inférieur aux besoins, privant ainsi des candidats de leurs chances d’acquérir un diplôme. Ils s’insurgent également contre l’opacité de la sélection (le candidat ne sait pas pourquoi il est refusé) et soupçonnent des manipulations scandaleuses dont on sait qu’elles sont parfois pratiquées : par exemple, certains algorithmes rejettent tous les élèves issus d’un lycée situé en zone d’éducation prioritaire.

L’engagement récent du gouvernement pour répondre à ces revendications est d’ouvrir davantage de places (il y a toutefois désaccord sur l’ampleur des besoins), notamment pour les candidats des filières professionnelles, d’étudier ensuite des pistes de réformes du fonctionnement de la plate-forme : transparence des algorithmes locaux, anonymisation du lycée d’origine, amélioration de l’évaluation par contrôle continu.

Le point notable de ce débat est que le gouvernement semble découvrir les problèmes quand les usagers protestent, alors qu’il les connaît parfaitement mais a choisi l’inaction. De même que le ministre de l’Éducation savait que, dans certains lycées (surtout ceux des zones défavorisées), des plafonds se fissuraient, des chaises manquaient et que les toilettes n’étaient pas utilisables, de même, le ministre de l’Enseignement supérieur disposait de bilans de Parcoursup détaillés et critiques. Ainsi, chaque année, un Comité éthique et scientifique de Parcoursup rédige un rapport d’état des lieux et souligne les failles du dispositif : le rapport d’avril 2026, que le ministre a sans doute dans ses placards, souligne la très forte pression qui existe dans certaines filières (manque de places) et l’inefficience de certaines procédures de médiation et de réattribution de places. Il propose (depuis des années) la transparence des algorithmes locaux, l’accès des candidats aux critères d’examen des candidatures et l’accompagnement des candidats fragiles, ceux qui ont besoin d’une formation personnalisée renforcée, ce dernier point, aujourd’hui trop oublié, figurant dans les objectifs d’origine de Parcoursup.

De plus, en février 2026, la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale a souhaité réaliser une « mission flash » sur Parcoursup, qui a produit un rapport replet (100 pages), qui décrit très bien le fonctionnement du dispositif, y compris l’amont sur l’orientation et l’aval sur le manque de places, et en repère les failles. « Techniquement réussi et politiquement raté », selon l’avis des parlementaires, le dispositif de Parcoursup pèche sur de nombreux points : insuffisance des renseignements donnés sur les formations quant aux possibilités de poursuite d’études et aux débouchés ; description trop imprécise des profils recherchés dans les différentes filières de formation ; absence de renseignement sur la qualité, parfois très défaillante, des formations privées sur lesquelles se replient de plus en plus des candidats sans solution ; insuffisance des moyens consacrés à l’orientation des lycéens et accompagnement très hétérogène selon les établissements, ce qui accroît l’impact des inégalités sociales ; opacité des algorithmes de présélection tenus secrets, qui devraient être publiés ; augmentation du nombre des candidats dont les demandes ne reçoivent pas de réponse du fait de capacités d’accueil insuffisantes (« Parcoursup sert à réguler la demande face au manque de places » dit cruellement le rapport). Plus fondamentalement encore, la plate-forme n’a pas rempli ses objectifs de réduction des taux d’échec en licence ni celui d’accompagnement des étudiants fragiles admis (que l’on appelait en 2017 les « oui, si… »). Parcoursup n’a pas non plus répondu à l’objectif de réduire les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur, qui se sont sans doute aggravées.

Le ministre disposait de ce bilan : mais il n’a rien fait, même quand les mesures ne coûtaient rien (meilleure transparence, vérification de la qualité, bilan de l’orientation). Il a fallu des manifestations de lycéens pour que l’État fasse son travail. Une deuxième mission flash va s’engager pour définir les actions à mener. Pourquoi pas. Mais à quoi sert un ministre s’il n’anticipe pas les problèmes ?