Drogues, toujours plus

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Drogues, toujours plus

L’Office français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a fait paraître deux notes récemment. En novembre 2025, la première synthétisait les résultats de la veille organisée par l’OFDT sur les évolutions constatées sur le trafic de drogues, l’offre de produits et les usagers, leurs pratiques et leur profil. En décembre, une seconde note traitait de la taille du « marché » français et des différents produits vendus.

Quelles tendances en 2024 en ce qui concerne le trafic et la consommation ? Globalement, les mêmes que les années précédentes, avec quelques inflexions. La production de drogues est en forte augmentation depuis quelques années et, en France, les perturbations liées à la chute de la production mondiale d’héroïne en 2023 (interdiction de la production d’opium en Afghanistan) ont été peu ressenties. L’utilisation par les trafiquants des messageries instantanées (Signal, Whatsapp…) pour présenter les produits, contacter les clients, organiser les livraisons, voire recruter de la main d’œuvre, a continué à augmenter, avec une certaine méfiance pour Telegram compte tenu des contrôles opérés. Si les jeunes hommes précaires (notamment des mineurs relevant de l’ASE ou de la PJJ ou de jeunes migrants au parcours difficile) occupent toujours majoritairement les emplois subalternes (guetteurs, préparateurs de commandes) et sont souvent maltraités, l’on constate dans certains cas une diversification du personnel utilisé dans les trafics, étudiants graphistes pour concevoir des outils publicitaires, personnes plus âgées d’allure respectable pour assurer les livraisons.

Le même constat est fait en ce qui concerne la consommation, où la cocaïne « basée » domine nettement les autres drogues : la grande majorité des usagers reste constituée de personnes marginalisées, vivant de minima sociaux, de mendicité ou de petite délinquance, parfois sans couverture sociale ni logement, que la présence policière refoule à la périphérie des villes (loin des structures qui pourraient les aider). Toutefois, l’on constate une diversification des usagers, notamment de cocaïne, avec des consommateurs insérés socialement, qui y ont recours souvent à la suite de difficultés de vie ou d’un événement douloureux. Les premiers voient leurs conditions de vie se dégrader (manque de places d’hébergement, refuge dans des parkings, des tunnels, des parcs boisés, mobilité contrainte à la suite d’interventions policières, difficulté à trouver l’argent nécessaire à leur addiction, problèmes psychiatriques non pris en charge). Les seconds peinent à maîtriser leurs usages. Globalement, la note donne le sentiment que l’aide apportée aux consommateurs, surtout les marginaux, est tragiquement insuffisante.

La seconde note porte sur l’évolution, depuis 2010, des « marchés » de 2010 à 2023, sachant que les chiffres fournis représentent des tendances plus que des chiffres certains. L’OFDT utilise des enquêtes sur l’offre et la demande et des études épidémiologiques pour fournir des estimations : la note explique longuement la méthodologie utilisée, qui conduit à trois estimation, basse, centrale ou haute.

Le marché des drogues est estimé en valeur centrale à 6,8 Mds (entre 3,8 et 9,7), avec un triplement depuis 2010. La moitié concerne la cocaïne (3,4 Mds), devant le cannabis (2,7 Mds). Ces deux drogues représentent 90 % du montant des ventes. Le volume des consommations a été multiplié par 1,8 depuis 2010 et le chiffre d’affaires a presque triplé. La dynamique est cependant différente selon les drogues. Le cannabis a augmenté en volume de 77 % entre 2010 et 2023 mais son marché semble aujourd’hui se stabiliser. En valeur, il a augmenté davantage (144 %) compte tenu de l’augmentation des prix. Le cannabis est cependant désormais détrôné par la cocaïne :  la consommation en volume comme en valeur de la cocaïne a triplé depuis 2010. A côté, le marché du crack, sous-marché de la cocaïne qui n’existait pas en 2010, s’est développé. Quant au marché de l’héroïne, il diminue, alors que celui de l’ecstasy et des amphétamines, plus modeste, affiche en volume comme en valeur des croissances très élevées. Le nouveau PNACO (Parquet national contre le narcotrafic) a du travail devant lui mais c’est la société toute entière qui  devrait se mobiliser.