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Cadmium: l’apathie des pouvoirs publics

L’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié le 24 mars 2026 un rapport d’expertise sur toutes les sources d’exposition au cadmium de la population française, alimentation, air, eau, poussières, produits cosmétiques et tabac. Le cadmium est un métal lourd, cancérogène certain, présent dans les roches et les sols, notamment les sols agricoles du fait des épandages de produits phosphatés utilisés comme engrais et des effluents de l’élevage. Il est également utilisé dans l’industrie et il est produit lors de l’incinération des déchets ou du recyclage des batteries. Il s’accumule progressivement dans l’organisme au fur et à mesure de la vie. La moitié de la population dépasserait aujourd’hui les valeurs de référence utilisées par l’agence, et ce alors que ces valeurs sont très supérieures à celles admises dans d’autres pays, dont les États-Unis. La France semble en outre plus touchée que les autres pays européens, notamment parce qu’elle importe des engrais marocains très chargés en cadmium. L’ANSES exhorte donc  l’État à agir, en limitant la teneur en cadmium des engrais utilisés et en pesant pour diminuer l’utilisation d’engrais, voire en incitant à modifier les pratiques de fertilisation. Elle recommande par ailleurs aux consommateurs d’éviter certains produits ou d’en limiter la consommation.

Ce rapport est loin d’être la première alerte.

En 2016 déjà, l’ANSES a publié une étude sur l’alimentation infantile selon laquelle 14 % des enfants et jeunes de 3 à 17 ans ingéraient chaque jour une dose journalière supérieure à la dose tolérable, à cause des pâtes et des céréales du petit déjeuner notamment.

Depuis 2021, date de la parution en France de l’étude Esteban, qui a montré que la concentration en cadmium progressait chez les adultes comme chez les enfants et était deux fois supérieure à celle des autres pays européens, Santé publique France a lancé l’alarme : l’institution indique que 47 % des Français adultes et 18 % des enfants dépassent la concentration critique, particulièrement ceux de 6 à 10 ans. Elle note que le Cadmium est fortement suspecté dans l’accroissement très inquiétant des cancers du pancréas en France, qui touche une population encore jeune.

En 2021, de ce fait, l’Anses a déjà demandé une limitation de la teneur en cadmium des engrais phosphatés utilisés en France, sans résultats. Au demeurant, il ne s’agit pas là d’un remède miracle : les sols resteront pollués des dizaines d’années.

En 2024, la revue Environnemental Pollution a également évoqué un risque cardio-vasculaire accru lié au Cadmium, sans davantage de suites.

En juin 2025, la Conférence nationale des professionnels de santé libéraux a envoyé un courrier au Premier ministre ainsi qu’aux ministres de la santé, de l’agriculture et de la transition énergétique, pour faire part de sa vive inquiétude : alors que des milliers d’articles scientifiques documentent les effets du Cadmium sur l’ostéoporose, les néphropathies et les cancers, alors que les jeunes sont fortement contaminés, aucune décision n’est prise pour lutter contre le phénomène. Le gouvernement s’était alors engagé à agir.  Le ministère de la santé promettait la parution d’un arrêté diminuant très progressivement (sur 6 ans) la teneur des engrais phosphatés utilisés pour rejoindre progressivement une teneur jugée compatible avec les impératifs de santé publique.

En février 2026, juste avant la parution de la nouvelle étude de l’ANSES, l’arrêté n’avait toujours pas été publié. De même, le Conseil général de l’alimentation et l’Inspection générale de l’environnement ont été saisis et doivent notamment se prononcer sur les conséquences économiques de cette nouvelle réglementation : leur rapport n’est lui non plus pas paru.

Le cabinet d’avocats de Corinne Lepage, ancienne ministre en charge de l’environnement,  a assigné l’État en carence fautive et le Conseil d’État devrait se prononcer en avril 2026.

Un député écologiste a déposé en décembre 2025 une proposition de loi interdisant l’utilisation des engrais contenant du cadmium à compter de 2027. Il envisage, si cette proposition n’apparaissait pas acceptable, de proposer un autre texte limitant la teneur en cadmium des engrais. Le gouvernement promet quant à lui que des textes seront pris avant la fin du printemps.

La France n’a jamais su traiter les crises sanitaires rapidement : elle préfère s’inquiéter d’abord des conséquences économiques, établissant ainsi une hiérarchie des priorités publiques hautement discutable. Elle n’en vient aux mesures de protection que tard, trop tard, selon les tenants du principe de précaution. Une fois de plus, elle suit cette ligne : l’on en découvrira les conséquences lorsqu’il sera trop tard pour les infléchir.