Qui se souvient de l’accord de Paris de 2015 ? Nous y avons alors appris que, selon le 5e rapport du GIEC de 2014, la température moyenne sur l’ensemble de la planète avait augmenté d’un peu moins d’un degré depuis l’ère « préindustrielle » de 1850-1900, de manière nettement plus prononcée aux pôles, et que le mouvement, dû à l’accumulation des gaz à effet de serre d’origine anthropique dans l’atmosphère, s’accélérait. Pour que le réchauffement se situe à moins de 2°C à la fin du XXIe siècle, cible déjà difficile à atteindre, le GIEC indiquait qu’il serait nécessaire de fortement réduire (de 40 à 70 %) les émissions de 2010 à 2050, avec une forte réduction d’ici 2030 puis une intensification des mesures pour parvenir à la fin du siècle à des émissions presque nulles.
L’objectif de l’accord de Paris (contenir l’augmentation de température en deçà de 2 ° tout en poursuivant les efforts « pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ») était irréaliste et flou : les experts soulignaient alors que, additionnées les unes aux autres, les contributions à la réduction des émissions de gaz à effet de serre communiquées par chaque État entrainaient plutôt notre planète vers un réchauffement d’environ 3°C. Dans ces conditions, évoquer 2° voire 1,5 °correspondait à une forme de tromperie, au moins pour le grand public : l’objectif était en fait hors de portée. Il a été admis parce que la COP a témoigné d’une forme d’enthousiasme et de volontarisme, élan assez vite retombé au demeurant.
Plus de 10 ans plus tard, le 11 juin 2026, entre deux canicules, un groupe de 73 experts internationaux a publié, dans la revue Earth system science data, une actualisation du rapport du GIEC de 2021 : en 2025, l’augmentation de la température par rapport à l’ère préindustrielle est de 1,37 ° et le franchissement du seuil de 1,5 °, au rythme annuel de production de GES, se situe aux alentours de 2030, échéance qui semble bien inéluctable. Les données actuelles conduisent à une augmentation de la température à la fin du siècle de 2,8 °. Dans le monde, en effet, les émissions de GES continuent à croître, notamment en Chine et en Inde, même si le rythme de la croissance d’ensemble s’est ralenti. La vérité nous rattrape.
Le constat emporte l’annonce de la multiplication des événements extrêmes indésirables, augmentation de la température des mers et de leur niveau, fonte des glaciers, canicules, sécheresse, feux, amplification des tempêtes…Les conséquences sur l’agriculture et sur la productivité des travailleurs vont devenir pesantes. Il est encore temps d’agir, disent les experts, qui espèrent toujours entraîner la décision politique là où, par aveuglement, déni, insouciance, court-termisme ou refus d’assumer des décisions impopulaires, elle refuse d’aller. Le Shift Project constatait récemment que jamais les décideurs publics et privés n’avaient disposé d’autant d’outils pour penser l’avenir, y compris sur le plan climatique : il s’interrogeait alors sur les écarts entre la production de ces prévisions et leur traduction en termes de décisions. Cet écart interroge, de même qu’est surprenante la capacité d’oubli des populations : Vous m’invitez pour parler de la canicule actuelle, disait récemment J-M Jancovici à un animateur de télévision. Mais tout se passe exactement comme prévu, tout a été dit et il n’y a là rien qui devrait vous surprendre. Simplement, en novembre prochain, vous n’en parlerez plus parce que ce ne sera plus d’actualité mais la dégradation continuera. Le constat est insultant mais l’interlocuteur ne paraissait pas comprendre, s’exclamant qu’il comprenait mal le degré d’impréparation de telles « calamités ». Hypocrisie ou inconscience…
De fait, la population vit mal les crises climatiques mais les vit comme des épisodes temporaires à supporter, dans l’indifférence profonde sur leurs causes ou plutôt, sans doute, dans le refus des remèdes considérés comme trop douloureux. Et la vague populiste et climato-sceptique qui gagne le monde, aujourd’hui l’Amérique du nord et du sud et demain l’Europe, laisse peu d’espoir que la lucidité l’emporte.