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L’emploi des pauvres : dur dur

L’Observatoire national de la politique de la ville (ONVP) a publié en juin 2026 un dossier sur la situation de l’emploi en 2024 dans les quartiers dits prioritaires (QPV), comparée notamment à celle des autres quartiers de l’unité urbaine concernée. Tous les indicateurs y sont nettement plus dégradés : le taux d’activité des 15-64 ans est très inférieur, il n’atteint pas 60 % contre près de 76 % dans les autres quartiers et 74,4 % au niveau national : la donnée est due pour une bonne part à une inactivité élevée des femmes, une femme sur deux étant inactive.  Toutefois, une part non négligeable des inactifs (près d’un quart) souhaiterait travailler. Entre les QPV et les autres, l’écart entre les taux d’emploi de la population d’âge actif est encore plus élevé (il n’atteint pas tout à fait 50 % dans les QPV contre 70 % dans les autres quartiers : le taux de chômage de la population active est le double de celui des quartiers comparés (16,6 contre 7,5). Il frappe davantage les populations immigrés ou descendants d’immigrés et, à diplôme égal, davantage les habitants des QPV (le taux de chômage des titulaires d’un bac ou d’un bac + 2 y est environ le double du niveau constaté ailleurs).

Les actifs occupés sont aux 2/3 des ouvriers et des employés (contre un gros tiers ailleurs), les contrats temporaires et l’intérim plus fréquents. Les femmes sont fortement impactées par le sous-emploi (détentrices d’un emploi à temps partiel alors qu’elles souhaiteraient travailler davantage), soit 11 % contre 5,4 % pour les femmes des autres quartiers. Enfin, la part des jeunes qui ne sont ni en études, ni en emploi ni en formation (presque 22 %) est le double de celle constatée ailleurs (11,2 %). La proportion des jeunes ayant arrêté leurs études initiales est bien plus importante dans les QPV (plus de 54 % contre 38 % dans les autres quartiers). De même, le pourcentage des jeunes sans diplôme est plus élevé (16,9 % contre 5,8 %). Au total, 45 % des jeunes des QPV sont soit sans diplôme soit muni d’un CAP-BEP, alors que ce pourcentage est de 25 % ailleurs.

Bien que le rapport n’analyse pas ces chiffres au regard des efforts faits, on mesure clairement l’échec de la politique de la ville ou des différentes administrations, ainsi l’Éducation nationale, pour réduire les écarts entre les QPC, caractérisés par la pauvreté, et le reste de la population.

Il n’est pas difficile de comprendre que ces chiffres sont liés à l’échec de l’Éducation nationale pour aider les jeunes à dominer leur handicap de départ (pauvreté, conditions de vie, parfois difficultés linguistiques), à une politique de l’emploi indifférente aux difficultés des populations démunies, aux discriminations, aux pratiques en usage dans les emplois accessibles aux femmes peu formées (temps partiel systématique), à une hiérarchie des salaires inadaptée aux besoins de la population et à la pénibilité de certains emplois.

Hasard sans doute du calendrier, un autre rapport officiel est paru en cette même fin juin intitulé Lutter contre les discriminations territoriales, dont l’objectif affiché est d’atteindre une égalité d’accès à l’emploi. Le champ du rapport porte sur deux types de territoires considérés comme rencontrant des difficultés en ce domaine, communes rurales et quartiers populaires. On aurait pu espérer que la ministre en charge de la lutte contre les discriminations qui a commandé le rapport aurait exigé de vraies propositions : en l’occurrence, rien de tel. Certes, le rapport propose de rendre plus visibles les inégalités d’accès à l’emploi, de fait souvent méconnues. Pour autant, il n’est question que de faciliter l’accès aux stages ou à certaines filières, d’améliorer l’information, de développer le mentorat ou les modes de garde, de créer dans les entreprises des référents discrimination ou de mobiliser la commande publique comme instrument d’intégration territoriale. Et de lutter aussi contre les généralités sans portée concrète ? Ce serait bien.